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de presse: M. Mike
Moore, Directeur général de l'OMC, préconise un accroissement de la
libéralisation du commerce pour aider à financer le développement
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 Ce
que j'ai à vous dire est simple et clair: la pauvreté sous toutes
ses formes constitue la plus grave menace pour la paix, la démocratie,
les droits de l'homme et l'environnement. C'est une bombe à
retardement contre l'essence même de la liberté; mais elle peut
être vaincue et nous avons entre les mains les outils nécessaires
pour le faire; il nous faut seulement avoir le courage de les utiliser
correctement et de façon bien ciblée.
L'un
de ces outils est la libéralisation du commerce. Elle peut beaucoup
contribuer à créer des ressources pour le financement. De multiples
études ont montré l'incidence énorme de la libéralisation du
commerce. J'aimerais citer un seul exemple. Tout le monde, partisans
ou adversaires de la mondialisation, ONG ou multinationales, gauche ou
droite sur l'échiquier politique, reconnaît que la santé et
l'éducation sont les bases fondamentales de tout programme de
développement. Selon les estimations qui ressortent d'études
récentes, il faudrait environ 10 milliards de dollars EU
par an pour atteindre le principal Objectif de développement pour le
millénaire, c'est-à-dire l'éducation primaire pour tous. Or une
libéralisation plus poussée du commerce rapporterait aux pays en
développement plus de 15 fois ce montant, selon une étude de
l'Institut Tinbergen.
En
fait, les services du FMI et de la Banque mondiale estiment que pour
atteindre chacun des sept Objectifs de développement pour le
millénaire, il faudrait 54 milliards de dollars EU
supplémentaires par an — soit juste le tiers des gains procurés
aux pays en développement par une libéralisation du commerce, selon
les estimations de l'Institut Tinbergen. Et la Banque mondiale estime,
dans son rapport sur les Perspectives de l'économie mondiale, que
l'abolition de tous les obstacles au commerce pourrait faire
progresser le revenu mondial de 2,8 billions de dollars EU et
tirer de la pauvreté 320 millions de personnes d'ici à 2015.
Naturellement,
ce ne sont que des estimations et nous pouvons ergoter sur les
chiffres. Mais le message fondamental est clair: si les gouvernements
le veulent vraiment, le nouveau cycle de négociations commerciales
lancé à Doha peut apporter d'énormes avantages. C'est en raison de
l'ampleur considérable des avantages de la libéralisation du
commerce que les travaux engagés par vos gouvernements pour mettre en
œuvre le Programme de Doha pour le développement ont une telle
importance potentielle en tant que source de financement pour le
développement.
Les
pays pauvres doivent sortir de la pauvreté par la croissance et le
commerce peut être un moteur essentiel de cette croissance. Mais
actuellement, les produits des pays en développement rencontrent de
nombreux obstacles sur les marchés des pays riches. Ceux-ci doivent
faire davantage d'efforts pour réduire les subventions qui faussent
le commerce et démanteler les obstacles existants aux exportations
compétitives en provenance des pays en développement. C'est pourquoi
un objectif prioritaire essentiel de la communauté commerçante
internationale doit être, ainsi qu'il est reconnu dans le Programme
de Doha pour le développement, la création de conditions permettant
aux pays en développement de maximiser les gains procurés par le
commerce. Cela nécessite une action dans quatre domaines essentiels:
- Agriculture:
c'est le pilier de la quasi-totalité des économies en
développement. Les revenus de la partie la plus pauvre de la
population - qui vit dans les régions rurales — sont
tributaires du développement d'un secteur agricole viable et
productif. Près de 50 pays en développement tirent de
l'agriculture plus du tiers de leurs recettes d'exportation. Près
de 40 d'entre eux tiraient de l'agriculture plus de 50 pour cent
de leurs recettes d'exportation en 1998-2000. Or le soutien massif
à l'agriculture accordé dans les pays de l'OCDE porte préjudice
aux pays en développement et évince même les producteurs les
plus efficaces de marchés sur lesquels ils gagneraient sans cela
des devises. Le premier élément d'un véritable programme pour
le développement sera donc d'abaisser de façon substantielle ce
soutien (et d'éliminer les subventions à l'exportation
spécifiques — mais celles-ci ne représentent qu'une toute
petite partie du total des versements au titre du soutien à
l'agriculture, qui atteignent 1 milliard de dollars par
jour). En outre, le taux de droit moyen consolidé dans les pays
de l'OCDE pour les produits agricoles est quatre fois plus élevé
que pour les produits industriels. Les gains des pays en
développement dans ce domaine seul seraient égaux à huit fois
le montant total de l'allégement de la dette qui leur a été
accordé jusqu'ici. Une libéralisation complète dans tous les
secteurs, agriculture, services et produits manufacturés,
correspondrait à huit fois environ le montant de l'APD. Une
action rapide est aussi nécessaire à ce sujet.
- Textiles
et vêtements: c'est la plus grande source de recettes
d'exportation pour beaucoup de pays en développement et les
négociations doivent faire en sorte que ce secteur soit
pleinement “intégré” comme prévu d'ici au 1er janvier 2005.
Étant donné que selon cet accord, la majeure partie des
changements de nature à améliorer sensiblement les perspectives
d'exportation des pays en développement ne doit pas être
effectuée avant la dernière année, nous avons toutes les
raisons d'être extrêmement vigilants.
- Crêtes
tarifaires: de multiples études ont montré que, malgré des
droits de douane moyens peu élevés sur les produits non
agricoles, les produits pour lesquels les pays en développement
sont compétitifs continuent d'être frappés de droits
relativement élevés (à la fois dans les pays développés et
les pays en développement); ceux-ci doivent impérativement être
abaissés lors des négociations si l'on veut que le commerce
entraîne l'accroissement nécessaire des ressources pour le
développement.
- Progressivité
des droits: un problème encore plus insidieux que celui des
crêtes tarifaires est celui de la progressivité des droits, qui
décourage le développement d'une industrie de transformation
autochtone (et donc le passage à des activités à plus grande
valeur ajoutée). Pour que les pays en développement puissent un
jour diversifier leur économie et ne plus rester tributaires de
quelques produits primaires pour l'essentiel de leurs recettes en
devises, ce qui les coupe de la partie la plus dynamique du
commerce mondial de marchandises, cette progressivité doit être
éliminée.
Quel
est le prix à payer pour la réalisation de nos rêves et de la
vision de cette conférence? Les restrictions que j'ai indiquées sont
coûteuses pour les pays qui les maintiennent. Par exemple, la
protection coûte à l'Union européenne, aux États-Unis et au Japon
une somme comprise pour chacun d'eux entre 70 et 110 milliards de
dollars EU chaque année. Les pertes nettes subies par les États-Unis
du fait de leurs seules restrictions à l'importation de textiles et
de vêtements s'élèvent à plus de 10 milliards de dollars
chaque année.
Cette
conférence porte sur le financement du développement à une époque
où l'investissement étranger direct privé est quatre fois
supérieur à l'APD et égal à dix fois les prêts accordés par la
Banque mondiale pour le développement. Sachant qu'il n'y a
surinvestissement dans aucun pays, nous devrions encourager la
conclusion d'un accord international sur l'investissement. Cet
objectif est inscrit dans le Programme de Doha pour le développement
mais beaucoup de pays estiment qu'ils n'ont pas la possibilité de
faire face à la complexité de telles négociations.
Pour
d'autres questions importantes liées au développement et à la bonne
gouvernance, comme la transparence des marchés publics, la politique
de la concurrence et la facilitation des échanges, il faut une
orientation donnée aux niveaux politiques les plus élevés. La
facilitation des échanges, selon des études de l'APEC et de la
CNUCED, entraînera des gains énormes. Une étude de la Banque
interaméricaine de développement a montré qu'en Amérique du Sud,
un camion qui devait franchir deux frontières pour livrer des
produits mettait 200 heures, dont 100 étaient attribuables aux
formalités administratives à la frontière.
Il
est extrêmement urgent d'améliorer l'infrastructure des services
publics afin de protéger et de promouvoir les systèmes nationaux de
droits de propriété et de justice. Les lourdeurs administratives et
la mauvaise gouvernance au niveau national sont coûteuses et
nuisibles.
Il
faut légitimer les avoirs des pauvres. En Amérique latine,
80 pour cent des biens immobiliers ne sont pas détenus
légalement. Les secteurs non régis par le droit dans les pays en
développement représentent entre 50 et 70 pour cent de
l'ensemble de la main-d'œuvre. Dans le pays le plus pauvre d'Amérique
latine, les avoirs des pauvres sont plus de 150 fois plus
élevés que la totalité de l'investissement étranger réalisé dans
ce pays depuis son accession à l'indépendance en 1804. Dans un pays
d'Afrique, il faut accomplir 77 démarches administratives dans
31 organismes publics et privés pour acheter légalement une
terre.
Et
si les États-Unis accroissaient leur APD de façon à ce qu'elle
atteigne l'objectif de 0,7 pour cent fixé par l'ONU, il faudrait au
pays le plus riche de la planète 150 ans pour transférer aux
pauvres du monde entier des ressources égales à celles qu'ils
possèdent déjà.
Le
défi consiste à exploiter ces investissements, ces talents et ces
compétences. C'est là que nous pouvons faire nôtres les ambitions
du NEPAD et d'autres initiatives ambitieuses.
II
n'est pas nécessaire que les pays en développement attendent la fin
du Cycle du développement de Doha. Le commerce Sud/Sud a progressé
davantage que le commerce mondial pendant les années 90 et
représente maintenant plus du tiers des exportations des pays en
développement, soit 650 milliards de dollars environ. La Banque
mondiale indique que 70 pour cent des problèmes auxquels se heurtent
les exportations de produits manufacturés des pays en développement
proviennent d'obstacles au commerce imposés par d'autres pays en
développement. Plus vite ces barrières tomberont, plus vite les pays
en développement obtiendront les gains qui en résulteront.
Ainsi,
la marche à suivre est claire: vous, Excellences, devriez décider à
cette conférence de donner pour instruction à vos ministres du
commerce de faire en sorte que leurs fonctionnaires renoncent aux
méthodes mercantiles mesquines qui ont caractérisé les
négociations commerciales pendant de si nombreuses décennies, en
faveur d'un grand compromis qui verrait le démantèlement des
obstacles que j'ai mentionnés plus haut (et d'autres qui persistent
dans des domaines que je n'ai pas cités). Alors le commerce pourra
remplir son rôle important consistant à procurer un financement pour
le développement – rôle qui permettrait aussi, et non
accessoirement, de réduire sensiblement la charge qui pèse sur
d'autres paramètres de l'équation du financement pour le
développement.
Je
vous apporte de bonnes nouvelles de Genève. Les gouvernements des
pays donateurs ont tenu parole et ont versé à notre budget primaire
des fonds accrus afin que nous fournissions aux pays en développement
une assistance technique supplémentaire pour qu'ils puissent
participer pleinement au nouveau cycle de négociations. En outre, la
Conférence d'annonce de contributions nous a permis de recueillir
30 millions de francs suisses, soit le double de l'objectif que
nous avions fixé. Nous devons donner à l'APD et à l'assistance
technique une nouvelle orientation afin de former des négociateurs,
de mettre en place des régimes douaniers efficaces et d'améliorer
les systèmes fiscaux “poreux”. Nous devons nous attacher autant
à édifier les infrastructures intellectuelles que constituent des
fonctionnaires compétents qu'à boucher les nids de poule et à
construire des routes et des barrages.
Les
institutions des Nations Unies ont beaucoup soutenu l'OMC et des
partenariats avec des organisations sœurs ont été créés, ce qui
permet d'accroître la cohérence au niveau institutionnel et de mieux
utiliser nos ressources. Le cycle de négociations a bien démarré et
chaque chose, depuis la structure des négociations et le calendrier
des réunions jusqu'au consensus sur la présidence de tous les
comités, a été faite dans les délais. Le Cycle du développement
de Doha peut être mené à bien et mis en œuvre à temps. La
conditionnalité a été améliorée par les pays en développement à
Doha; la condition du succès sera une amélioration de la capacité
d'assurer une bonne gouvernance afin de permettre à ces pays de
participer, de négocier et d'arrêter et mettre en œuvre notre
programme de travail. C'est actuellement en cours. Nous devons et nous
pouvons réussir.
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Mike Moore, Directeur général de l'OMC, préconise un accroissement
de la libéralisation du commerce pour aider à financer le
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