
Les
liens entre le commerce et l’emploi sont complexes. Il en va de même
des liens entre le commerce et l’égalité.
Un
commerce plus libre et plus stable favorise la croissance économique.
Il peut permettre la création d’emplois, contribuer à réduire la
pauvreté, et, souvent, il fait les deux.
Le
pays qui en bénéficie le plus est celui qui réduit ses propres
obstacles au commerce. Les pays qui exportent vers ce pays en tirent également
profit, mais pas autant. Très souvent, les travailleurs des secteurs
d’exportation sont mieux rémunérés et jouissent d’une plus grande
sécurité de l’emploi.
Cependant,
les producteurs et leurs salariés, qui étaient auparavant protégés,
doivent indéniablement faire face à une nouvelle concurrence lorsque
les obstacles au commerce sont moins nombreux. Certains s’en sortent
en devenant plus concurrentiels. D’autres n’y parviennent pas.
Certains s’adaptent rapidement (en trouvant par exemple un nouvel
emploi), alors que d’autres ont besoin de plus de temps.
Certains
pays, en particulier, réussissent mieux que d’autres à procéder aux
ajustements nécessaires, du fait, en partie, qu’ils se sont dotés de
politiques d’ajustement plus efficaces. Ceux qui n’ont pas mis en
place de politique efficace perdent une occasion car l’élan que le
commerce imprime à l’économie crée les ressources qui permettent de
procéder plus facilement à des adaptations.
L’OMC
aborde ces problèmes de différentes façons. Elle prévoit une libéralisation
progressive, accordant aux pays un délai pour prendre les mesures
d’ajustement nécessaires. Certaines dispositions des accords
autorisent également les pays à prendre des mesures de circonstance
contre les importations particulièrement préjudiciables, mais dans le
cadre de règles strictes.
Par
ailleurs, la libéralisation mise en œuvre dans le cadre de l’OMC résulte
de négociations. Lorsque les pays estiment que les ajustements nécessaires
ne sont pas possibles, ils peuvent refuser d’ouvrir les secteurs visés
de leurs marchés.
Il
existe en outre un grand nombre d’autres facteurs qui ne relèvent pas
de la compétence de l’OMC et qui sont responsables des changements
intervenus récemment dans le niveau des salaires.
Pourquoi,
par exemple, existe‑t‑il dans les pays industrialisés une
disparité croissante entre la rémunération des ouvriers qualifiés et
celle des ouvriers non qualifiés? D’après l’OCDE, les changements
salariaux observés dans les pays industrialisés ne sont imputables aux
importations en provenance de pays où les salaires sont faibles qu’à
hauteur de 10 à 20 pour cent. Le reste découle en grande
partie des “changements technologiques fondés sur les qualifications”.
En d’autres termes, les économies développées adoptent
naturellement plus de technologies nécessitant une main-d’œuvre plus
qualifiée.
La
solution de rechange au commerce – la protection – est onéreuse
car elle augmente les coûts et encourage l’inefficacité. D’après
une autre estimation de l’OCDE, l’imposition d’un droit de 30 pour
cent sur les importations en provenance des pays en développement entraînerait
en fait une réduction des
salaires des ouvriers non qualifiés aux États-Unis de 1 pour
cent, et de 5 pour cent pour ceux des ouvriers qualifiés. Les dommages
que peut provoquer le protectionnisme se traduisent en partie par une
baisse des salaires dans le pays protectionniste.
Par
ailleurs, le fait de mettre l’accent sur les importations de
marchandises fausse les données du problème. Dans les pays
développés,
en effet, 70 pour cent des activités économiques concernent le
secteur des services, où l’effet de la concurrence étrangère sur
l’emploi est différent: si une société étrangère de télécommunication
crée une entreprise dans un pays, elle peut par exemple employer des
travailleurs locaux.
Enfin,
bien que 1.15 milliards de personnes vivent encore dans la pauvreté,
des études, notamment de la Banque mondiale, montrent que la libéralisation
des échanges depuis la seconde guerre mondiale a permis de tirer des
milliards de personnes de cette situation. Elles montrent aussi qu’il
est faux de dire que la libéralisation a accentué l’inégalité.
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