DIRECTEUR GÉNÉRAL ADJOINT JEAN-MARIE PAUGAM

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Bonjour, Excellences, Mesdames et Messieurs,

“It's about that time” — “C'est à ce moment-là”. C'est le message essentiel que je souhaite communiquer aujourd'hui alors que je m'exprime sur le commerce et la durabilité à l'OMC.

En fait, c'est le titre d’un morceau très célèbre de Miles Davis, de 1968, qui faisait partie de l’album “In a silent way”. Je me réfère à ce morceau de musique parce qu’il représente une révolution.

À l’époque, le jazz s’était un peu essoufflé, en quelque sorte enlisé dans une routine et déconnecté des nouveaux sons électriques que les jeunes écoutaient, principalement du rock. Ce que Miles Davis a fait, c'est changer le rythme et introduire un tempo de rock binaire dans son jazz. Et cette fusion a été plus ou moins le début du jazz-rock, qui a façonné l'histoire de la musique jusqu'à nos jours.

J’évoque cette histoire parce que je pense que nous sommes dans une situation comparable aujourd'hui à l'OMC.

L'OMC sait comment élaborer des politiques commerciales classiques, libéraliser les échanges et établir des disciplines commerciales. Nous avons hérité d'un modèle du GATT et du secteur des services, fondé sur des principes très puissants pour réglementer la circulation des marchandises et des services, comme la transparence, la non-discrimination et les engagements contraignants ainsi que la primauté du droit.

Dans le même temps, de nombreuses dimensions nouvelles du commerce sont apparues dans l'économie réelle et le commerce mondial, qui ne sont pas pleinement prises en compte: le changement climatique a déjà une incidence colossale sur la structure des échanges et les chaînes de valeur, et la plupart des multinationales et des gouvernements élaborent et mettent en œuvre des stratégies de neutralité carbone, en particulier à travers la décarbonation des chaînes de valeur et la traçabilité de leurs intrants.

Je prendrai juste un exemple: j'ai discuté récemment un grand commerçant international qui m'a expliqué que lorsque son entreprise achète et vend du café à des entreprises comme Starbucks ou Nestlé, elle doit justifier l’entière traçabilité du produit et le niveau d'empreinte carbone qui y est associée. Ces éléments deviendront les principales conditions de vente du café et n'ont rien à voir avec les obstacles tarifaires et non tarifaires classiques.

Ainsi, comme notre DG l'indique souvent, il est devenu évident que la durabilité est au cœur des modèles commerciaux de demain.

Notre défi consiste donc à concilier la structure classique de la politique commerciale avec celle qui est en train d’émerger. Nous devons faire exactement ce que Miles Davis a réalisé dans sa musique: nous devons faire fusionner le commerce et la durabilité pour inventer la politique commerciale durable de l'avenir.

La bonne nouvelle c'est que cela a déjà commencé à se concrétiser à l'OMC. Et nos Membres agissent à présent avec détermination: “"C’est à ce moment-là.” Permettez-moi d'illustrer mon propos.  

Premièrement, la récente CM12 a été dominée par les questions liées à notre patrimoine commun, auxquelles l'OMC a proposé certaines réponses: sur des questions telles que la lutte contre la COVID 19, la sécurité alimentaire, la durabilité de la pêche.

Deuxièmement, l'Accord sur la pêche est un accord historique. Pour la première fois dans l'histoire de l'OMC, le programme d'un accord multilatéral est vraiment passé du commerce à la durabilité. L'objectif de l'accord n'était pas “le commerce pour le commerce”, “la politique commerciale pour accroître les échanges”, c'était réellement le commerce durable. “C'est à ce moment-là”.

Troisièmement, le changement climatique est devenu une question majeure à l'OMC. Les mots “changement climatique” ont été insérés dans notre document final de la CM12, ce qui est une première. Mais ce n'est que la pointe de l’iceberg. Si vous examinez dans le détail les activités de l'OMC, vous constaterez que le changement climatique est partout. Il est dans les examens des politiques commerciales; il est est dans les accords commerciaux régionaux; il fait l’objet de discussions au Comité du commerce des marchandises et au Comité du commerce des services; il est désormais au cœur des réflexions de certains Membres sur la manière de définir et de relancer les négociations sur l'agriculture; il est une dimension majeure des discussions SPS et OTC. Et bien sûr, il est au centre des débats au CCE.

Quatrièmement, certains de nos Membres, 89 d'entre eux, se sont engagés dans des dialogues très prolifiques et des discussions structurées sur le commerce et l'environnement: vous savez qu'ils discutent du commerce des matières plastiques, de l'économie circulaire, des politiques en matière de changement climatique, de la biodiversité, de la libéralisation du commerce des biens et services environnementaux et des subventions aux combustibles fossiles. Ce dernier sujet a récemment été cité par le Secrétaire général de l'ONU comme nécessitant une réforme ambitieuse.

Ces indications montrent clairement que le commerce durable est en cours d’élaboration. La seule question à ce sujet est: “Combien de temps faudra-il pour lui donner complètement corps?” C'est là que la société civile, les universitaires peuvent apporter leur contribution.

Je pense que c'est votre tâche lors la Semaine du commerce à Genève: “Aujourd'hui, c'est le moment.”

Je vous remercie pour votre invitation et de votre attention.

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