DIRECTRICE GÉNÉRALE ADJOINTE JOHANNA HILL

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Excellences, Mesdames et Messieurs,

C'est un plaisir pour l'OMC d'être parmi vous aujourd'hui pour analyser ensemble l'un des principaux moteurs du commerce extérieur, souvent sous-estimé: le financement du commerce.

Je voudrais remercier M. Fernando Serrano Guadarrama, Conseiller auprès du Sous-Secrétaire à l'économie, de nous honorer de sa présence et d'avoir prononcé des remarques liminaires inspirantes.

J'aimerais aussi remercier l'ITAM de s'être porté volontaire pour accueillir et coorganiser cet événement de lancement. Enfin, je tiens à saluer la contribution de la Société financière internationale (SFI) à l'événement d'aujourd'hui. Comme toujours, je me réjouis de faire équipe avec cette branche de la Banque mondiale qui s'occupe du secteur privé. Depuis 2021, l'OMC et la SFI ont intensifié leurs efforts de collaboration pour mieux comprendre les déficits de financement du commerce et la manière d'y remédier, et nous présentons aujourd'hui un rapport conjoint sur le financement du commerce axé sur le Guatemala, le Honduras et le Mexique. Nous avons présenté des études similaires axées sur l'Afrique de l'Ouest aux réunions annuelles de la Banque mondiale et du FMI en 2022, ainsi que sur la région du Mékong en 2023 à l'OMC.

Comme je l'ai mentionné, nous avons diffusé ces rapports aux sièges d'organismes internationaux ainsi que dans les capitales, et je voudrais vous faire part d'un point intéressant. En diffusant ces rapports régionaux, nous avons constaté que l'intérêt était assez fort dans les capitales, peut-être plus qu'aux sièges des organismes internationaux. Dans les capitales, nous sommes parvenus à réunir les groupes intéressés, comme le secteur financier, les organismes de crédit à l'exportation, les fonctionnaires chargés du commerce extérieur et les milieux universitaires. C'est pour cette raison que, dans le cadre de cette troisième édition, la Directrice générale a perspicacement suggéré que nous présentions le rapport directement à Mexico aujourd'hui, puis à Guatemala demain.

Sans entrer dans les détails du rapport, qui seront présentés plus tard par nos experts de l'OMC et de la SFI, j'aimerais formuler trois observations sur le sujet qui nous intéresse ici:

L'OMC et la SFI coopèrent dans le domaine du financement du commerce car il s'agit d'un important facilitateur du commerce extérieur.

Les pays en développement Membres définissent souvent le manque de financement du commerce comme un obstacle majeur à la participation au commerce mondial. Selon les estimations de la Banque asiatique de développement (BAsD), le déficit de financement du commerce mondial, principalement dans les pays en développement, s'élève à 2,5 billions de dollars. Il est particulièrement difficile pour les micro, petites et moyennes entreprises ainsi que les entreprises détenues par des femmes d'accéder au financement du commerce. Selon la BAsD, 40% des demandes de financement du commerce présentées par les MPME et jusqu'à 70% des demandées présentées par les entreprises détenues par des femmes sont rejetées. Bon nombre de ces entreprises renoncent à présenter des demandes.

Dans la pratique, l'accès insuffisant au financement du commerce représente un coût du commerce prohibitif, qui freine les échanges et empêche les entreprises et les personnes d'accéder à des possibilités économiques.

Les spécificités locales des déficits de financement du commerce varient considérablement.

C'est la raison pour laquelle, en novembre 2021, l'OMC et la SFI ont décidé de procéder à une série d'“analyses approfondies” des marchés de financement du commerce de certaines régions. L'idée était de s'appuyer sur des analyses améliorées et des études par pays pour mieux comprendre où il existait des déficits de financement du commerce et la manière dont ils se produisaient.

Cela aiderait toutes les parties prenantes à mieux orienter les ressources existantes pour remédier à ces déficits. Pour nous, cela signifie, par exemple, une augmentation du financement de la part de la SFI, ainsi que l'établissement conjoint par l'OMC et la SFI d'une assistance technique visant à renforcer les capacités, destinée aux banques, aux exportateurs et aux importateurs des marchés émergents.

Nous sommes fiers de voir que la SFI investit actuellement dans le financement des chaînes de valeur au Mexique. Le financement des chaînes de valeur permet de débloquer les ressources limitées d'entreprises comme les PME, qui ne parviennent pas à participer davantage aux chaînes de valeur, et aide les entreprises à réserver leurs flux de liquidités pour investir et progresser dans la chaîne de valeur.

Que nous apprennent ces trois rapports?

Dans les pays que nous avons étudiés en Afrique de l'Ouest, dans la région du Mékong et maintenant dans l'hémisphère occidental, seule une part limitée du commerce est soutenue par le financement du commerce et des chaînes de valeur. Dans les économies avancées, cette proportion s'élève à au moins 60%.

Par exemple, nous avons observé que, sur les marchés étudiés, le faible financement du commerce disponible était principalement voire uniquement destiné à des entreprises déjà consolidées.

Les études montrent aussi que les grandes entreprises utilisent beaucoup plus le financement du commerce que les PME.

Au Mexique et dans les pays voisins, le faible niveau d'utilisation du financement du commerce et des chaînes de valeur s'explique par le faible niveau d'accès des entreprises au financement en général. Seulement un quart des importateurs et exportateurs ont accès au crédit.

Dans chacune des régions que nous avons examinées, le financement du commerce était très concentré: un nombre trop réduit de banques accordaient un financement trop limité à un petit groupe de négociants consolidés et de grande taille.

Même si, sur certaines chaînes de valeur, le financement du commerce peut circuler des grands négociants vers les petits fournisseurs, ce n'est pas toujours le cas; cela dépend des entreprises et des secteurs. Les entreprises les plus petites n'ont pas accès au financement du commerce.

En réalité, si les fournisseurs règlent “à l'avance” les intrants qu'ils importent et sont ensuite payés en retard pour leurs exportations, les liquidités limitées dont ils disposent sont bloquées dans le processus commercial, au lieu d'être utilisées à des fins d'investissement et à d'autres fins de production. Dans certains pays, nous avons constaté qu'avec un financement accru du commerce et des chaînes de valeur, à un coût moindre, les entreprises pourraient libérer des ressources pour investir et progresser dans la chaîne de valeur.

Nous avons calculé que, dans le cas du Mexique et d'autres pays de la région que nous avons examinés, le doublement de la part des échanges visés par le financement du commerce permettrait d'augmenter de manière significative les flux commerciaux et contribuerait à la diversification géographique de ces échanges.

Il y aurait des avantages importants pour les PME locales et les fournisseurs locaux de deuxième rang des chaînes de valeur internationales. Un accroissement du financement du commerce serait synonyme non seulement d'une plus grande intégration commerciale mais aussi d'une plus grande inclusion socioéconomique grâce au commerce.

L'analyse présente également les cas dans lesquels nous avons identifié des politiques publiques axées sur l'avenir. Par exemple, le Mexique a été prévoyant en promouvant un marché actif pour le financement des chaînes de valeur.

D'après le Rapport 2023 sur le développement des chaînes de valeur mondiales de l'OMC et de la BAsD, la part du commerce liée aux chaînes de valeur dans le commerce total des marchandises a augmenté à l'échelle mondiale, passant de 41% en 2018 à 46% en 2023.

Selon les estimations, le marché du financement des chaînes de valeur internationales contribue à au moins 2 billions de dollars par an en échanges sur les chaînes de valeur.

Le Mexique est un cas d'intégration réussie en ce qui concerne la production sur les chaînes de valeur. L'adoption systématique de la facturation électronique et le soutien de la NAFIN ont conduit à la création d'un marché de l'affacturage dans le pays, l'un des plus actifs d'Amérique latine. Le potentiel de développement, en coopération avec des institutions telles que la SFI et la Banque interaméricaine de développement, est important.

Perspectives d'avenir

Les transactions commerciales effectuées dans les pays en développement devraient continuer de bénéficier du soutien des programmes de financement du commerce mis en œuvre par la SFI et d'autres banques multilatérales de développement. Ces programmes soutiennent les importations et les exportations de produits alimentaires, de médicaments et d'autres produits essentiels lorsque les banques internationales se retirent, en période de tensions financières.

Ils permettent aussi aux banques participantes d'obtenir une expérience pratique sur les marchés émergents, ce qui permet, avec le temps, d'arriver à un stade où le secteur privé peut fournir un financement du commerce sans le soutien des banques multilatérales. Ils sont donc très utiles.

Nous devons redoubler d'efforts pour intégrer les producteurs locaux dans les chaînes de valeur mondiales. Aux réunions d'automne du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, la Directrice générale et les chefs de banques multilatérales de développement ont annoncé un plan d'action destiné:

  1. à accroître l'aide financière par l'intermédiaire de leurs programmes en vigueur;
  2. à favoriser la consolidation de l'infrastructure juridique;
  3. à renforcer la connaissance des marchés ainsi que les capacités des parties intéressées; et
  4. à travailler avec des institutions financières et des entreprises de technologie financière pour accroître la diversité et la disponibilité des produits.

De manière générale, le Secrétariat de l'OMC poursuit ses travaux, qu'ils portent sur le financement du commerce, avec des initiatives visant à faciliter l'investissement, ou sur le soutien à la mise en œuvre de l'Accord sur la facilitation des échanges, afin de réduire les coûts du commerce international. Dans de nombreux pays émergents, la réduction des coûts de transport, des coûts du financement et des délais de dédouanement à la frontière sont des aspects essentiels pour la compétitivité internationale. L'adoption des technologies numériques est fondamentale en ce sens.

Pour ce qui est du financement du commerce, nous restons à la disposition de nos Membres pour mettre en avant des solutions et engager des débats d'experts, comme celui d'aujourd'hui, avec le soutien des banques multilatérales de développement et des institutions financières de développement.

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