Data blog

Blog de données

par le Secrétariat de l’OMC
World Trade Organization International Finance Corporation

Joint research by IFC and the WTO based on the new evidence from global bank data supplied by the International Chamber of Commerce

Financement du commerce: la volatilité des conditions financières influe sur la disponibilité et impacte le volume des échanges

Ce record historique montre que les économies ouvertes ont tendance à se développer plus rapidement et plus régulièrement que les économies fermées(1). Une concurrence accrue et l'adoption généralisée des technologies sont deux facteurs qui améliorent la productivité et l'accroissement des revenus(2), (3).

Bien qu'il soit parfois négligé, le financement du commerce est étroitement lié à l'expansion rapide des échanges internationaux qui a été observée pendant les dernières décennies(4). L'accès à ce financement est donc essentiel pour que les pays participent pleinement à l'économie mondiale et qu'ils en bénéficient. A l'inverse, la réduction des accès tend à amplifier les récessions par le biais du commerce.

Entre 15% et 20% des baisses brutales des échanges qui ont eu lieu pendant la crise financière mondiale de 2008-2009 étaient dues à des insuffisances en matière de financement du commerce, d'après de multiples études(5). D'autres facteurs prouvant l'importance du financement du commerce ont été observés pendant la COVID-19 - il a en effet évité l'effondrement des échanges(6).

La demande non satisfaite de financement du commerce a constamment été élevée pendant au moins une décennie, se chiffrant environ entre 7% et 10% des échanges mondiaux de marchandises(7). Sur un plan plus structurel, on observe également un déficit persistant, largement documenté, de la fourniture de ce type de financement, qui échappe aux crises aiguës. Ainsi, de nombreuses entreprises ne peuvent pas accéder aux instruments financiers dont elles ont besoin pour tirer parti des possibilités commerciales.

Qu'est-ce qui rend le financement du commerce essentiel?

Compte tenu du délai qui existe entre la production des marchandises, leur expédition par l'exportateur et leur réception finale par l'importateur, le financement du commerce est une nécessité économique(8). S'il est indispensable pour faciliter les échanges, il comporte aussi des risques inhérents: le risque de paiement, le risque de livraison et le risque de liquidité. En outre, le commerce s'étend sur des juridictions, des environnements opérationnels et des pays différents et s'accompagne de diverses perceptions des risques - qui sont tous plus graves sur les marchés émergents et dans les économies en développement.

Par exemple, un fournisseur de café d'Amérique du Sud a besoin d'argent pour effectuer ses récoltes et les expédier en Europe. En Europe, un importateur se montrerait réticent à payer d'avance car il existe un risque que les marchandises n'arrivent pas à destination. Du point de vue du producteur, il existe un risque de non-paiement lorsque les marchandises arriveront effectivement à destination. La solution réside dans un produit financier qui supprime le risque de paiement entre les importateurs et les exportateurs.

Les instruments de financement du commerce, qu'ils soient intermédiés par des banques commerciales ou entre des entreprises, atténuent un grand nombre de ces risques et se présentent sous de nombreuses formes(9). Par exemple, dans le cas d'une lettre de crédit, la banque de l'acheteur donne au vendeur la garantie qu'il sera payé même en cas de défaut de paiement de l'acheteur. 

Cet instrument prémunit aussi contre le risque de défaut de livraison en protégeant un acheteur (importateur) contre le risque de paiement de biens qui ne sont pas conformes ou qui ne sont jamais expédiés: en effet, l'exportateur (vendeur) doit présenter les documents prouvant l'exécution du contrat. Les prêts commerciaux et le financement des chaînes d'approvisionnement, comme le financement des créances, neutralisent le risque de liquidité et les risques financiers liés à la production ou à l'expédition de marchandises avant la réception du reçu d'exportation.

Renforcer la base factuelle sur laquelle se fonde le rôle du financement du commerce

Les analyses passées de la relation entre le commerce et le financement du commerce ont été fragilisées par l'absence d'ensembles cohérents de statistiques couvrant les transactions entre les pays(10). En effet, en 2014, la Banque des règlements internationaux a écrit: "On ne dispose d'aucune donnée sur le marché du financement du commerce mondial intermédié par des banques."(11)

Nous avons analysé un nouvel ensemble mondial de données relatives au financement du commerce établi par la Chambre de commerce internationale (ICC) dans son Registre du (financement du ) commerce.ii Ces données portent sur plus de 100 pays et ont été recueillies depuis 2011 auprès de plus d'une vingtaine de banques mondiales (encadré 1).

Les données brutes révèlent plusieurs caractéristiques: la région Asie-Pacifique est le principal utilisateur du financement du commerce en USD et en termes de part du commerce, en moyenne (figures 1 et 2), devant l'Europe et l'Amérique du Nord. Les prêts commerciaux représentent une part significative du financement du commerce en Amérique centrale et en Amérique du Sud, dans la région Asie-Pacifique et en Amérique du Nord (figure 3), mais moins en Europe et en Afrique en ce qui concerne les produits de garantie de paiement (lettres de crédit et garanties).iii Le financement du commerce, par opposition au financement inter-entreprises, est utilisé plus largement pour le commerce effectué sur de longues distances, pour les relations commerciales nouvellement formées et pour le commerce avec les pays où l'exécution contractuelle est plus faible, le développement financier moins important et le risque politique plus élevé(12) .,16

En nous appuyant sur des études, nous avons modélisé l'évolution de ces flux du financement du commerce en fonction d'un éventail de variables explicatives, telles que les flux commerciaux nationaux, le niveau de développement des marchés financiers et le PIB, ainsi qu'un ensemble plus vaste de variables financières mondiales, car on a observé que l'offre de financement du commerce pouvait être sensible aux conditions financières ou à l'instabilité au niveau international.

Principaux points à retenir

Premièrement, il existe un lien significatif entre la croissance du commerce d'un pays et et la croissance du financement du commerce intermédié par des banques (figure 4). Ce lien est intuitif. Le financement du commerce est fortement influencé par la demande commerciale - ce qui est cohérent avec les études réalisées dans le passé et est maintenant étayé par des éléments de preuve empiriques plus larges, forts d'un échantillon de 100 pays. Une hausse de la croissance du commerce de 1% est associée à une augmentation de 0,41% du financement du commerce intermédié par des banques.

Deuxièmement, le rythme des flux du financement du commerce est lié au niveau de développement financier: une hausse d'un point de l'indice de développement des marchés financiers des pays est associé à une augmentation de la croissance du financement du commerce de 10%. Le fait que le financement du commerce intermédié s'étende plus rapidement dans des marchés affichant un niveau de développement financier plus élevé est une découverte majeure. Elle doit être considérée à la lumière de la précédente observation:

Si la croissance du commerce est en général associée à une augmentation du financement du commerce, les grandes banques qui font partie de l'échantillon sont plus susceptibles d'accélérer leur offre de financement du commerce dans les pays dotés d'une infrastructure financière plus solide.

Troisièmement, l'instabilité des conditions financières mondiales freine l'offre de financement du commerce intermédié par des banques. Nous avons eu recours à l'indice VIX - une variable largement utilisée pour rendre compte de l'incertitude mondiale dans les études - pour mesurer la volatilité des options des indices boursiers S&P 500. Nous avons constaté qu'une hausse d'un point de l'indice VIX était associée à une baisse de 3,3% de la croissance du financement du commerce.iv D'une manière générale, l'incertitude financière mondiale a un impact plus négatif sur les régions en développement, tandis qu'en Amérique du Nord, il existe des preuves d'une sensibilité moindre aux chocs.

Conclusion

Les conditions financières jouent un rôle dans l'accès au financement du commerce à la fois à l'échelle mondiale et au niveau national. Les éléments de preuve apportés par ces données favorisent une réponse politique visant à faciliter l'accès au financement du commerce pendant les épisodes de crise, et à renforcer les capacités locales à moyen et à long terme, en particulier dans les économies émergentes et en développement, afin d'améliorer la résilience aux chocs. Un accès élargi au financement du commerce renforcerait la capacité d'un pays à accéder aux marchés mondiaux. L'impact économique est réel puisqu'il existe une corrélation positive entre le commerce et la croissance à long terme.

ENCADRE 1

Analyse d'un ensemble de données

Flux de financement du commerce de 1 600 milliards à 2 000 milliards de dollars

Les données sous-jacentes au niveau des transactions qui figurent dans le Trade Register de l'ICC comptent environ 40 millions d'observations. S'il n'englobe pas le financement du commerce dans son ensemble , ce vaste ensemble de données cohérent et dûment actualisé couvre des flux annuels de financement chiffrés entre 1 600 milliards et 2 000 milliards de dollars (par instrument, par pays de destination). Par comparaison, le marché mondial du financement du commerce s'élevait, selon les estimations, à 5 200 milliards de dollars en 2020, soit environ 6% du PIB mondial.v Fait important, les pays en développement sont bien représentés et comptent pour la moitié de l'échantillon. 

Auparavant, l'ICC utilisait ces informations pour publier les indicateurs annuels de risque par instrument dans les "Trade

Register Reports." Par suite d'un accord entre l'ICC, l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et la Société financière internationale (SFI), ces données peuvent maintenant être utilisées à des fins d'analyse économique.vi La portée temporelle et géographique permet d'avoir une idée des moteurs du financement du commerce à l'échelle mondiale.

Si l'ensemble de données donne une occasion exceptionnelle d'avoir un aperçu détaillé du financement mondial du commerce, il convient toutefois de noter qu'il s'appuie sur les données disponibles, qui ne représentent qu'une partie du financement total du commerce. Par ailleurs, cet ensemble montre que la valeur totale des engagements des banques échantillonnées liés au financement du commerce a suivi une tendance baissière. Cela peut indiquer une diminution du recours aux banques pour le financement du commerce,

une augmentation de la part des banques qui ne figurent pas dans l'échantillon ou une dépendance accrue à légard d'autres formes de financement du commerce, comme le financement à compte ouvert, le crédit commercial et l'assurance-crédit.vii Il est difficile de le déterminer, et il existe une autre caractéristique: la complexité des ensemble de données relatives au financement du commerce.

La base de données comporte six catégories de produits de financement du commerce à court terme:

  1. les lettres de crédit d'importation émises,
  2. les lettres de crédit d'exportation confirmées,
  3. les prêts à l'import/export,
  4. les garanties de résultats et les lettres de crédit de bonne exécution,
  5. le financement des chaînes de valeur et
  6. les garanties financières.

Appendix

Variables

Country-level variables

Trade is the total trade volume of a country taken as the sum of imports and exports divided by two. GDP is measured at the country level. Tier 1 capital to risk-weighted assets is a measure of the stability of the banking system. Financial market development is measured by the Financial Markets Depth Index as a measure of a country’s overall financial development. The Commodity price index is the Commodity Export Price Index, Individual Commodities Weighted by Ratio of Exports to Total Commodity Exports.

Global variables

The VIX is a measure of investor sentiment and stock market risk. It is the stock market’s expectation of 30-day forward-looking volatility based on S&P 500 index options.


References

  1. World Trade Organization. "The WTO Can. Stimulate Economic Growth and Employment." WTO, www.wto.org/english/thewto_e/whatis_e/10thi_e/10thi03_e.htm. Back to text
  2. World Trade Organization. (2025). Evolution of trade under the WTO: Handy statistics. WTO. https://www.wto.org/english/res_e/statis_e/trade_evolution_e/evolution_trade_wto_e.htm Back to text
  3. Crafts, N. F. R. (2000). Globalization and growth in the twentieth century (IMF Working Paper No. WP/00/44). International Monetary Fund. https://www.elibrary.imf.org/view/journals/001/2000/044/article-A001-en.xml Back to text
  4. World Trade Organization. (2016). Trade finance and SMEs: Bridging the gaps in provision. WTO. https://www.wto.org/english/res_e/booksp_e/tradefinsme_e.pdf Back to text
  5. Starnes, S. K., & Nana, I. (2020). Why trade finance matters-especially now. International Finance Corporation. https://www.ifc.org/content/dam/ifc/doc/mgrt/ifc-covid-trade-final-11-23-20.pdf Back to text
  6. Demir, B., & Javorcik, B. (2020). Trade finance matters: Evidence from the COVID-19 crisis. Oxford Review of Economic Policy, 36 (Supplement 1), S397-S408. https://doi.org/10.1093/oxrep/graa034 Back to text
  7. Asian Development Bank. (2022). Toward inclusive access to trade finance: Lessons from the Trade Finance Gaps, Growth, and Jobs Survey. ADB. https://doi.org/10.22617/TCS220354-2 Back to text
  8. Auboin, M., & Engemann, M. (2013). Testing the trade credit and trade link: Evidence from data on export credit insurance, Review of World Economics, 150-4 (2014), pp. 715-743. https://doi.org/10.1007/sl0290-014-0195-4. Back to text
  9. See Nenova (2026) for an overview and estimates of the main trade credit niche markets. Nenova, T. (2026). Beyond the bank: New paths to small business finance (IFC Research Note). International Finance Corporation. (forthcoming). Back to text
  10. Serena Garralda, J. M., & Vasishtha, G. (2019). What drives bank-intermediated trade finance? Evidence from cross-country analysis. International Journal of Central Banking, 15(3), 253-283. https://www.ijcb.org/journal/ijcb19q3a7.pdf Back to text
  11. Bank for International Settlements, Committee on the Global Financial System. (2014). Trade finance: Developments and issues (CGFS Papers No. 50). BIS. https://www.bis.org/publ/cgfs50.pdf Back to text
  12. McKinsey & Company, & International Chamber of Commerce (ICC). (2021, November 1). Reconceiving the global trade finance ecosystem. McKinsey & Company Financial Services Practice. Back to text
  13. Auboin (2021), "Trade Finance, Gaps, and the Covid-19 Pandemic", WTO Working Paper 2021-05, see in particular Chapter 2 ("what do we really know about trade finance markets"). Back to text
  14. International Monetary Fund (IMF). (2017). Fintechs and the Financial Side of Global Value Chains—The Changing Trade-Financing Environment (Document No. BOPCOM–17/21). Thirtieth Meeting of the IMF Committee on Balance of Payments Statistics, Paris, France. Back to text
  15. Cavoli, T., Christian, D., & Shrestha, R. (2025). SMEs, trade finance markets and instruments: A review of the issues with reference to Asia. The World Bank Research Observer, 40(2), 261–289. https://doi.org/10.1093/wbro/lkae006 Back to text
  16. World Bank. (2026). “Trade Finance Use by Heterogeneous Firms.” Policy Research Working Paper 11404, World Bank Group, Washington, DC. Back to text

Footnotes

  1. See Nenova (2026) for an overview and estimates of the main trade credit niche markets.9 Back to text
  2. We would like to thank the ICC and Global Credit Data for the provision of the data. Back to text
  3. Trade finance products are substitutable—product use may depend on product-specific country conditions. Back to text
  4. The estimates control for the amount of trade, to ensure against the possible alternative interpretation that trade declines drive trade finance declines during crises. These results would be further strengthened if domestic banks were covered in the ICC data, as those lending activities will be additionally affected by domestic factors, such as sovereign risk, trade flows, macroeconomic fundamentals. Back to text
  5. McKinsey (2021) using ICC data.12 Actual global market size estimates are scarce and divergent.10 BIS (2014) puts the figure at $6.5–8 trillion in 2011, using annual cumulative flows as opposed to more conservative revenue-modelled, or stock-based estimates.11,13 Back to text
  6. Alternative data sources to the ICC have limitations. National data are poorly comparable across countries, survey data is imprecise and suffers from volunteer bias, while SWIFT data misses the open account trading which constitutes 70–90 percent of trade finance.14 Back to text
  7. The shift from bank to trading partner trade finance has been marked, for example bank-based trade finance grew at 3.7% annualized during 2020–2013, as compared to 11.7% for intra-firm finance.14 Evidence also suggests that the market share of local banks has grown significantly—global banks now hold only a quarter to a third of the market, down from virtually the entire sector three decades ago.10 Local banks may serve smaller more local businesses, although bulk lending by global banks may include some SME on-lending.15 Back to text