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par le Secrétariat de l’OMC

La tendance à la hausse des importations mondiales de blé transporté par bateau se maintient

Par Emmanuelle Ganne (OMC), Alexander Karavaytsev (Conseil international des céréales-CIC), Mun How Mong (OMC) et Cédric Pene (OMC)

Le blé est l'une des denrées alimentaires de base les plus courantes dans le monde. Sa disponibilité est donc cruciale pour assurer la sécurité alimentaire dans de nombreuses régions du monde. Environ un quart de la production mondiale de blé passe par le commerce international — dont 80% par voie maritime - et cette part est beaucoup plus élevée pour certains pays en développement importateurs nets de produits alimentaires. Cela montre à quel point il est important que les circuits commerciaux internationaux fonctionnent bien.

Nouveau tableau de bord pour le commerce du blé par voie maritime et la sécurité alimentaire

L'OMC et le Conseil international des céréales (CIC) ont élaboré conjointement un nouveau tableau de bord pour permettre aux utilisateurs de suivre les tendances à court terme des échanges de blé par voie maritime. Ces informations sont particulièrement importantes à un moment où les préoccupations concernant la sécurité alimentaire et les risques de perturbation de la chaîne d'approvisionnement occupent une place de premier plan.

Données sur les expéditions mondiales de blé par voie maritime

Les dernières données indiquent que les expéditions de blé par voie maritime se sont poursuivies à un rythme soutenu pendant la deuxième quinzaine de mai 2023, les arrivées dans les ports faisant l'objet d'un suivi étant estimées à environ 7,7 millions de tonnes. C'est 40% de plus que sur la même période l'année dernière et un tiers de plus que la moyenne triennale.

Environ 6,5 millions de tonnes de blé ont été expédiées au cours des 14 jours précédents. Si l'on tient compte des volumes de blé en transit au 4 juin (4,2 millions de tonnes), la Russie, avec près de 3 millions de tonnes, est le premier exportateur mondial de blé, suivie de l'Australie, avec plus de 2 millions de tonnes, du Canada (1,4 million), des États-Unis (0,8 million), de l'Ukraine (0,5 million) et de la France (0,4 million). La Chine, l'Indonésie, l'Algérie, l'Égypte et l'Espagne sont les principales destinations, en termes de volume, de ces exportations (au 4 juin).

Après un démarrage relativement lent de la campagne allant de juillet 2022 à juin 2023, qui s'explique en partie par les perturbations causées par le déclenchement de la guerre en Ukraine, les échanges mondiaux par voie maritime ont augmenté à la fin de l'année 2022, les prix mondiaux ayant reculé du fait d'une plus grande disponibilité du blé au niveau mondial et d'une forte concurrence dans les exportations. Les prix ont également baissé lorsque les exportations par voie maritime en provenance d'Ukraine ont repris à la suite de l'accord sur l'Initiative céréalière de la mer Noire, signé en juillet 2022 sous les auspices de l'Organisation des Nations Unies et de la Türkiye.

Les importations mondiales de blé par voie maritime cumulées pour 2022-23 devraient s'élever à environ 140 millions de tonnes à la fin de 2023, soit un volume légèrement supérieur à celui de la même période l'année précédente et 5% de plus que le volume moyen des trois dernières campagnes.

Toutefois, certaines régions d'Afrique, d'Asie du Sud et du Sud-Est, ainsi que des Caraïbes et de l'Amérique du Sud ont vu leurs importations diminuer, tandis que les importations à destination de l'Asie occidentale et orientale, de l'Afrique du Nord, de l'Europe et de l'Océanie ont augmenté.

Contrastes dans les livraisons vers l'Afrique et l'Asie

En Afrique du Nord, les récoltes décevantes dans certains pays ont entraîné une baisse de la disponibilité du blé sur le marché intérieur, ce qui a favorisé les importations dans l'ensemble de la région au mois de mai. Les livraisons effectuées pendant la seconde moitié du mois ont été estimées à 1,9 million de tonnes, soit près du double des niveaux d'importation enregistrés au cours de la même période l'année précédente. Pour la campagne de commercialisation (juillet-juin), le total cumulé jusqu'en mai s'élève à environ 29 millions de tonnes, soit une augmentation de 9% par rapport à l'année précédente, la baisse des importations de l'Égypte par rapport à l'année précédente étant compensée par l'augmentation des arrivées dans d'autres pays de la région, notamment l'Algérie, le Maroc et la Tunisie.

Les importations de blé de l'Asie occidentale ont également été exceptionnellement élevées, les livraisons cumulées jusqu'à la fin du mois de mai ayant dépassé de 42% le niveau moyen de la même période l'année précédente et d'un quart celui de la campagne précédente. Cette tendance devrait se poursuivre au cours des prochaines semaines. Sur les 8,6 millions de tonnes de blé en transit vers des ports faisant l'objet d'un suivi à travers le monde à la fin du mois de mai, dont une part importante provenait de Russie, la majeure partie était destinée à l'Asie occidentale (1,7 million de tonnes) et à l'Afrique du Nord (1,6 million de tonnes).

En revanche, les livraisons de blé vers l'Afrique de l'Ouest, l'Afrique de l'Est et l'Afrique centrale sont nettement inférieures à celles de la campagne précédente et leur rythme est bien plus lent que le rythme moyen des exportations. En Afrique de l'Est, l'essentiel de la baisse en glissement annuel découle de la diminution des livraisons vers Djibouti, dont la majeure partie est supposée être transbordée vers l'Éthiopie, où les besoins d'importation pour cette campagne sont vraisemblablement réduits en raison d'une bonne récolte locale. Les livraisons cumulées vers Madagascar, la Réunion et le Kenya sont également inférieures à celles de la campagne précédente, mais celles vers la Somalie et la Tanzanie sont en légère hausse. En Afrique de l'Ouest, la réduction des importations du Nigéria, du Ghana, du Libéria et du Togo l'emporte sur l'augmentation des livraisons vers la Côte d'Ivoire et la Guinée.

Les livraisons vers l'Asie du Sud ont été généralement lentes pendant cette campagne, en partie en raison d'une baisse des livraisons vers l'Iran, où des retards importants au déchargement ont également été signalés au cours des derniers mois. À la fin du mois de mai, les arrivées cumulées dans la région étaient inférieures d'un quart à celles de la campagne précédente.

Augmentation des délais de livraison vers certaines régions

Pendant la période allant de juillet 2022 à mai 2023, les délais de livraison calculés (de l'expédition au déchargement) vers les régions faisant l'objet d'un suivi ont été nettement plus longs que pendant la campagne précédente (juillet-juin), des régions telles que l'Afrique de l'Est, l'Amérique centrale, l'Amérique du Sud, l'Asie de l'Est, les autres pays d'Europe et l'Asie du Sud étant particulièrement touchées. Pour l'Asie du Sud, les délais de livraison pendant la période allant de juillet 2022 à mai 2023 ont été en moyenne de 46 jours, contre 33 jours pour la campagne précédente — une augmentation relativement forte qui s'explique en partie par des délais de livraison plus longs vers l'Iran.

Les délais de livraison moyens en Asie du Sud-Est et en Afrique centrale sont parmi les plus longs.

Le tableau de bord pour le commerce du blé par voie maritime et la sécurité alimentaire présente des estimations agrégées des expéditions de blé par voie maritime établies sur la base d'un suivi de navires privés et compilées par Kpler, une société de données sur le marché des matières premières et de solutions analytiques. Les données sont mises à jour deux fois par mois, en milieu et en fin de mois.

En outre, deux tableaux de bord en temps réel, mis à jour toutes les trois heures, permettent aux utilisateurs de visualiser l'évolution à court terme des échanges de céréales et d'oléagineux, y compris le blé, mais aussi le maïs, l'orge et le soja, au cours des 14 jours précédents. Ces tableaux de bord en temps réel seront examinés dans un prochain article.

Les tableaux de bord présentés dans cet article peuvent être consultés ici.