Le commerce des biens intermédiaires est en hausse en Afrique
Par Christophe Degain et Florian Eberth*
Le commerce des biens intermédiaires joue un rôle toujours plus important dans le développement économique de l'Afrique. Ces dernières années, les exportations de ces biens ont affiché une croissance bien plus rapide que les importations, ce qui a entraîné une réduction notable du déficit du commerce des biens intermédiaires du continent. Les exportations africaines de biens intermédiaires (à l'exclusion des combustibles) étaient estimées à 312 milliards d'USD en 2022, contre 196 milliards d'USD en 2019.
Les exportations africaines de biens intermédiaires sont principalement composées de matières premières ou semi-transformées et de produits primaires fournis aux premiers stades de production des chaînes de valeur mondiales (CVM). Elles incluent un large éventail de produits, allant des minerais, minéraux et pierres gemmes (comme le fer, le rhodium, l'or non monétaire et les diamants) et des intrants agricoles (comme le cacao, le café et le coton), aux pièces, composants et accessoires manufacturés (comme les kits de câbles électriques pour voitures) utilisés par les industries pour fabriquer des produits finals.
En 2022, ces exportations (à l'exclusion des combustibles) représentaient environ 77% des exportations totales de marchandises autres que les combustibles en provenance du continent, soit la part la plus élevée au monde.
Évolution du commerce des biens intermédiaires de l'Afrique
Entre 2012 et 2019, avant la pandémie de COVID-19, les exportations et les importations africaines de biens intermédiaires progressaient à un rythme similaire, le taux de croissance annuel moyen étant compris entre 2% et 3%.
Entre 2019 et 2022, les exportations ont progressé bien plus rapidement que les importations, à un taux de 16,8% par an. Cela a entraîné une forte réduction du déficit du commerce des biens intermédiaires dans la région, qui a atteint 11 milliards d'USD en 2022, le niveau le plus bas depuis 2012 (voir la figure 1).
L'Afrique du Sud était en partie responsable de ce changement, car son excédent commercial pour les biens intermédiaires a atteint 32 milliards d'USD en 2022, contre 20 milliards d'USD en 2019. Parmi les autres facteurs ayant influé sur la réduction du déficit du commerce des biens intermédiaires dans la région, on peut mentionner la hausse des prix des produits de base (voir aussi la figure 3).
Principaux biens intermédiaires exportés par l'Afrique
Les 15 principaux biens intermédiaires exportés par l'Afrique représentaient plus de 50% des exportations totales de biens intermédiaires en 2022 (voir la figure 2). Le niveau de concentration des exportations est élevé par rapport à celui d'autres régions dans lesquelles la diversification des exportations de biens intermédiaires est plus forte.
L'or non monétaire était le principal produit exporté par l'Afrique, représentant 14,2% des exportations totales de biens intermédiaires en 2022 et provenant principalement d'Afrique du Sud, du Ghana et du Zimbabwe.
Les fèves de cacao, à l'état brut et torréfiées, étaient le seul produit alimentaire parmi les 15 principaux produits d'exportation de l'Afrique et représentaient plus de 6 milliards d'USD (2,1% des exportations africaines de biens intermédiaires). Elles sont essentiellement produites en Côte d'Ivoire et au Ghana, les deux principaux producteurs mondiaux de fèves de cacao.
Incidence des prix des produits de base sur les exportations africaines de biens intermédiaires
La valeur des échanges de minerais, de métaux et de produits agricoles bruts ou semi-transformés est liée à l'évolution des prix sur les marchés mondiaux des produits de base (voir la figure 3). La baisse marquée des exportations africaines de biens intermédiaires entre 2012 et 2016 était principalement due à une baisse générale des prix des produits de base.
Plus récemment, la forte hausse des prix des produits de base observée après la pandémie de COVID-19 a largement contribué à l'augmentation de la valeur des exportations africaines de biens intermédiaires.
Cette hausse des prix s'explique en partie par l'augmentation de la demande de minerais de fer et de rhodium émanant des industries sidérurgique et automobile de la Chine, ainsi que par la production insuffisante de métaux du groupe du platine (c'est-à-dire le palladium, le platine et le rhodium), en plus de pannes des centrales électriques en Afrique du Sud. Les métaux du groupe du platine sont utilisés dans des alliages métalliques par de nombreuses industries pour produire des convertisseurs catalytiques et des téléphones mobiles, ainsi que pour d'autres applications dans les domaines de la dentisterie ou de la bijouterie.
Pleins feux sur les échanges intra-africains de biens intermédiaires
En 2022, il était estimé que les exportations intra-africaines de biens intermédiaires représentaient 12,8% des exportations totales de biens intermédiaires (voir la figure 4). Ce taux est peu élevé par rapport au niveau des échanges d'intrants industriels de l'Afrique avec l'Asie (32,1%) et l'Europe (31,1%) pendant la même période et semble indiquer que l'intégration des chaînes de production est faible dans la région.
Parmi les facteurs expliquant le niveau modeste des exportations intrarégionales figurent l'insuffisance des infrastructures de transport et le manque de ressources financières et technologiques.
L'Afrique du Sud dominait le commerce intrarégional, ses exportations s'élevant à 15,1 milliards d'USD en 2022. Cela couvrait un large éventail de fournitures industrielles, y compris des minéraux bruts, des parties et accessoires, et des produits alimentaires, principalement destinés aux économies voisines membres de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) et de l'Union douanière d'Afrique australe (SACU).
Le Mozambique était la principale destination régionale des exportations sud-africaines, principalement pour le transit de chrome, de ferrochrome et de fer (généralement alliés pour produire de l'acier inoxydable) destinés aux industries asiatiques, via le port local de Maputo.
L'Égypte, le Ghana et le Zimbabwe sont les autres contributeurs les plus actifs aux chaînes d'approvisionnement régionales.
En 2022, l'Égypte a exporté pour 4 milliards d'USD de biens intermédiaires vers des économies africaines, ce qui représentait 20,0% de ses exportations totales de biens intermédiaires. Ces biens se composaient principalement de matériaux de construction (comme le ciment), d'engrais (comme l'urée) et de produits alimentaires (comme la farine de blé) expédiés vers des économies voisines, dont la Libye et le Soudan, et d'autres pays d'Afrique du Nord.
Le Ghana, premier producteur d'or de l'Afrique, exporte de l'or semi-manufacturé vers les raffineries d'or sud-africaines. En 2022, ces exportations représentaient près de deux tiers des exportations ghanéennes de biens intermédiaires vers les économies africaines.
Du fait de la position enclavée du Zimbabwe et de son appartenance à la SADC, ses exportations de biens intermédiaires, qui sont principalement composées de mattes de nickel et de minerais, sont essentiellement destinées aux industries sud-africaines voisines.
Conclusion
La participation des branches de production africaines aux CVM se caractérise par des exportations mondiales d'intrants primaires, essentiellement sous forme brute.
Toutefois, la faible part des échanges intra-africains de biens intermédiaires (à l'exclusion des combustibles), estimée à 12,8% en 2022, traduit un manque d'intégration des économies africaines dans les chaînes d'approvisionnement régionales. Elle donne aussi à penser que ces économies ont la possibilité de renforcer leur intégration régionale, d'améliorer leur positionnement dans les CVM et de mieux répondre aux besoins des marchés nationaux.
À mesure que la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) s'étend, on voit apparaître des possibilités de développer les chaînes de valeur régionales et d'améliorer l'inclusion en remédiant aux obstacles à l'expansion du commerce régional et aux difficultés liées aux infrastructures, à la diversification des produits et aux faibles niveaux d'investissement et de financement.
