Trente ans de croissance du commerce et de réduction de la pauvreté
Par Barbara D'Andrea, Christophe Degain, Florian Eberth, Stela Rubínová, Monia Snoussi-Mimouni et Ankai Xu
Depuis la signature de l'Accord de Marrakech instituant l'Organisation mondiale du commerce le 15 avril 1994, le commerce mondial a bondi pour atteindre plus de 30 400 milliards de dollars EU en 2023, soit cinq fois plus qu'en 1995. Parallèlement, les droits de douane ont nettement diminué dans le cadre de l'OMC, ce qui a contribué à une réduction des coûts du commerce. Cette croissance du commerce a coïncidé avec une baisse notable de la pauvreté dans le monde, ce qui montre le rôle du commerce dans le soutien du développement économique et l'amélioration des conditions de vie des populations.
Les échanges de biens et de services ont considérablement augmenté
Quand l'OMC a été instituée il y a 30 ans, l'objectif était de créer un nouvel ordre mondial reposant sur les principes d'ouverture, d'inclusion et de coopération. Établie en remplacement de l'Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) qui régissait principalement le commerce des marchandises, l'OMC couvre également le commerce des services et la propriété intellectuelle, et a comme objectif général d'aider ses Membres à mettre le commerce au service du relèvement des niveaux de vie, de la création d'emplois et de l'amélioration des conditions de vie des populations.
Les 30 années d'existence de l'OMC marquent une nouvelle ère pour le commerce et la croissance économique. Entre 1995 et 2023, l'ensemble du commerce mondial — marchandises et services commerciaux — a connu une forte croissance, de 5,8% par an en moyenne. Ainsi, le commerce mondial a presque quintuplé (voir la figure 1).
En particulier, le commerce des services commerciaux a progressé plus rapidement que celui des marchandises, atteignant une croissance annuelle moyenne de 6,8%, contre 5,5% pour les marchandises.
La croissance du commerce mondial a été plus rapide que celle du produit intérieur brut (PIB) mondial, qui a enregistré un taux de croissance moyen de 4,4% par an sur la même période. Le ratio du commerce mondial/PIB a connu une trajectoire fortement ascendante, passant de 20% en 1995 à 31% en 2022, avant de retomber à 29% en 2023 en raison d'une baisse de la valeur des échanges de marchandises (sur la base de la balance des paiements) (voir la figure 2).
Cela montre l'interconnexion croissante des économies sous l'effet du commerce, malgré un recul temporaire pendant la crise financière mondiale de 2008-2009 et la pandémie de COVID-19 en 2020.
La part du commerce des services — notamment des services fournis par voie numérique — s'accroît
Les 30 dernières années ont également été marquées par la progression de la part des services dans le commerce mondial.
Ainsi, la part des services commerciaux dans le commerce mondial est passée de 19%, en 1995, à 25% en 2023 (voir la figure 3). Il importe toutefois de noter que ces chiffres ne tiennent pas compte du commerce des services relevant du mode 3 de l'Accord général sur le commerce des services, qui concerne les ventes locales effectuées par les filiales établies par des sociétés de services étrangères.
Par conséquent, ces chiffres sous-estiment fortement l'ampleur réelle de l'activité de services dans le commerce mondial. D'après les dernières estimations de l'OMC, qui ont récemment été présentées dans les Perspectives et statistiques du commerce mondial, si l'on inclut le commerce des services relevant du mode 3, la part des services dans le commerce mondial était proche de 42% en 2022.
Les estimations de l'OMC montrent également que, depuis 2005, les services fournis par voie numérique ont quadruplé en valeur, affichant un taux de croissance annuel moyen de 8,2% sur la période 2005-2023. Cette progression a dépassé celle des exportations de marchandises (4,8%) et des exportations d'autres services (4,6%) (voir la figure 4).
Les exportations mondiales de services fournis par voie numérique se sont envolées pour atteindre 4 250 milliards de dollars EU en 2023, soit une hausse de 9,0% en glissement annuel. On compte, parmi les services fournis par voie numérique, les services échangés par-delà les frontières par l'intermédiaire de réseaux informatiques, (au moyen d'Internet, d'applications mobiles, de courriers électroniques, d'appels vocaux et vidéo) et, de plus en plus, via des plates-formes d'intermédiation numérique (comme celles utilisées pour les jeux en ligne, la diffusion en continu de musique et de vidéos, et l'apprentissage en ligne).
Les services fournis par voie numérique représentaient plus de 54% du total des exportations de services, et 13,8% du total des exportations cumulées de biens et services en 2023 (contre 8% en 2005).
Pour de plus amples informations sur le commerce des services, consulter la Plate-forme de données sur le commerce mondial des services.
La part des échanges entre économies en développement a considérablement augmenté
Au cours des trois dernières décennies, la forte croissance économique facilitée par le commerce dans les économies en développement et les économies émergentes a profondément transformé la structure des échanges, avec une croissance remarquable du commerce mondial entre économies en développement.
Les échanges entre les économies en développement ont progressé au rythme de 9,7% par an, passant de moins d'un 10ème du commerce mondial en 1995 à près de 25% en 2022 pour atteindre une valeur totale de 6 100 milliards de dollars EU.
En revanche, alors que le commerce entre les économies développées représentait plus de la moitié du commerce mondial en 1995, cette part était tombée à 39% en 2022, confirmant ainsi une réorientation relative des flux d'échanges vers les économies en développement et les économies émergentes (voir la figure 5).
Les chaînes de valeur mondiales (CVM) ont fait preuve de résilience
Le taux de participation aux CVM est un indicateur du niveau des échanges au sein des chaînes d'approvisionnement. En dépit du recul enregistré pendant la crise financière de 2008-2009 et la pandémie de COVID-19, la participation aux CVM a connu une croissance régulière, démontrant ainsi la résilience des chaînes d'approvisionnement mondiales.
Entre 1995 et 2022, la participation aux CVM a augmenté à un rythme régulier, avec une augmentation du taux de participation en aval aux CVM (qui couvre les exportations vers des partenaires chargés d'étapes de production en aval), qui est passé de 15,7% à 20,4%, ainsi que du taux de participation en amont aux CVM (qui couvre les importations utilisées pour la production de biens et de services destinés à l'exportation), qui est passé de 19,5% à 28,3%.
En 2022, le taux de participation globale aux CVM (à la fois en aval et en amont) a atteint 48,7%, soit le niveau le plus haut depuis 1995 (voir la figure 6).
Les droits de douane et les coûts du commerce ont diminué
Les droits de douane ont affiché une nette tendance à la baisse depuis la création de l'OMC en 1995 (voir la figure 7).
La moyenne simple des droits appliqués par les Membres de l'OMC sur la base de la nation la plus favorisée (NPF) — principe selon lequel les Membres de l'OMC accordent le même traitement commercial, y compris les taux de droits et l'accès aux marchés, à tous les autres Membres de l'OMC — est tombée de 13,1% à 8,8%.
Une tendance similaire se dégage en ce qui concerne la moyenne des droits appliqués pondérée en fonction des échanges, avec une diminution du droit NPF moyen qui est passé de 7,1% à 3,8%.
Entre 1996 et 2022, la moyenne des droits appliqués pondérée en fonction des échanges — dans l'hypothèse où les droits préférentiels sont pleinement utilisés — est tombée de 6,9% à 2,0%.
Entre 1995 et 2020, les coûts du commerce international — incluant tous les obstacles physiques et réglementaires au commerce — ont diminué d'environ 6% à 10% dans divers secteurs au niveau mondial (voir la figure 8). Cette réduction des obstacles au commerce a contribué à une augmentation notable du commerce mondial, estimée à environ 30-45%. La baisse des coûts du commerce s'est produite essentiellement entre 1995 et 2008.
L'accroissement des échanges a coïncidé avec une forte diminution de la pauvreté dans le monde
Entre 1995 et 2022, les économies à faible revenu et à revenu intermédiaire ont vu leur part dans les exportations mondiales passer de 17% à 32%. Au cours de cette période, la proportion des populations de ces pays vivant avec moins de 2,15 dollars EU par jour a considérablement diminué. Elle est passée de 40% en 1995 à 10% en 2022, ce qui montre les effets positifs du commerce sur la réduction de la pauvreté et le développement économique dans ces régions (voir la figure 9).
