OMC: NOUVELLES 2011

FORUM PUBLIC DE L’OMC

> Allocution de bienvenue par le Directeur général Pascal Lamy

POUR EN SAVOIR PLUS:

  

Monsieur Pascal lamy, directeur général de l’Organisation mondiale du commerce Mesdames et
Messieurs les représentants de l’Organisation mondiale du commerce,
Mesdames, Messieurs,

C’est pour moi un grand honneur d’être parmi vous pour cette séance d’ouverture, qui est devenue, au fil des ans, un des événements les plus importants du calendrier de la communauté internationale. Je remercie monsieur Pascal lamy, directeur général de l’OMC, de m’avoir aimablement invitée à ouvrir ce débat sur les défis auxquels est confronté le commerce international.

Je considère l’honneur qui m’est fait de m’adresser à vous comme une marque de reconnaissance pour le Costa Rica, pays qui, malgré sa petite taille, est un parfait exemple des avantages que le commerce international procure sur le plan du développement, en particulier lorsqu’il est associé au développement humain et à la démocratie.

Depuis la création de l’OMC, nos discussions ont rarement été aussi décisives qu’aujourd’hui, où le monde connaît une conjoncture économique, politique et sociale des plus complexes.

I. Crise internationale et commerce: le libre‑echange comme imperatif historique et moral.

C’est précisément en raison de la nature du moment que nous vivons que j’aimerais commencer sur une note optimiste. Je me dois de le faire. La responsabilité d’ouvrir ce débat m’amène nécessairement à réaffirmer les conditions de confiance particulières qui peuvent exister aujourd’hui, malgré les circonstances.

N’oublions pas qu’à d’autres moments de l’histoire universelle, le commerce international a été l’une des premières victimes des problèmes financiers. En 1929, la crise a paralysé un ambitieux programme d’ouverture mondiale, les pays se sont repliés sur eux‑memes et le recul du commerce a contribué à la montée du nationalisme et de l’autoritarisme que l’humanité a payée par la dévastation et la souffrance.

Aujourd’hui, la crise économique ne s’est pas traduite par la multiplication des politiques protectionnistes ou des obstacles au commerce. Les signes des temps indiquent plutôt un renforcement du cadre institutionnel international. La différence entre les comportements passés et présents se fonde sur les dures leçons tirées du traumatisme passé et se renforce grâce à l’existence de cette grande Organisation qu’est l’OMC.

Au beau milieu de la crise de confiance qui affecte les institutions financières, l’OMC apparaît comme un pilier important de la sécurité juridique internationale, un système multilatéral légitime de prise de décisions qui contribue à une gouvernance internationale fondée sur le principe que le commerce est essentiel pour la prospérité mondiale.

Il est clair que le commerce reste le moteur de la croissance économique mondiale, et, tant que nous continuerons à adhérer à cette idéee, nous avons des raisons d’espérer. De nos jours, les avantages et les difficultés sont partagés, les problèmes nationaux ont une dimension internationale et les crises régionales, une dimension mondiale. Le caractère mondial de la crise actuelle nous rappelle que le temps des décisions unilatérales isolées est révolu, car le bien‑etre de chacun est l’affaire de tous et nous en sommes tous responsables.

Le signe de notre époque est que le commerce mondial est un instrument du progrès. Vous savez mieux que personne combien le commerce a changé le monde au cours des dernières décennies. le commerce s’est nourri de tous les progrès technologiques et scientifiques, et il en est lui‑meme 4 devenu un vecteur important. Les technologies de l’information et de la communication ont contribué au dynamisme des échanges et à la réduction des distances géographiques et culturelles qui nous séparaient.

Nous vivons dans un monde irrémédiablement intégré par la technologie et dynamisé par le commerce. La technologie a radicalement modifié la façon dont nous produisons les biens et les services. Le développement des chaînes de valeur mondiales reflète le nouveau dynamisme de l’économie mondiale. Dans le monde actuel, une grande partie de la production est organisée en chaînes de valeur et cela a profondément modifié la géopolitique du commerce dans la société du savoir. Ce phénomène devient un puissant instrument de développement pour les pays auxquels il offre de nouvelles possibilités de participer aux bénéfices du commerce international.

Néanmoins, notre optimisme relatif ne doit pas nous faire oublier les risques qui peuvent peser sur le libre‑echange. Les circonstances actuelles peuvent faire oublier une nouvelle fois que le commerce international a des avantages demontrés. Nous vivons une longue période de difficultés et d’incertitude. Alors que les indices de développement de certains pays étaient au plus haut, nous avons été frappés par la crise financière la plus grave depuis des générations et, à peine commencions‑nous à relever la tête que nous avons été soudain confrontés au surendettement des pays développés, qui annonce de nouveau une volatilité généralisée des marchés financiers.

L’insécurité financière freine la croissance, ce qui entraîne une diminution des exportations, une contraction de la demande de matières premières, une aggravation du chômage et une augmentation de la pauvreté et de la faim dans le monde.

Nous ne devons pas oublier que toute crise économique se traduit presque immédiatement par une crise sociale, engendrant des conflits politiques qui remettent souvent en cause les principes les plus fondamentaux de la vie civilisée. Lorsqu’une crise survient, certains sont aveuglés par le mirage du nationalisme populiste et on risque alors d’oublier le rôle avéré du libre‑echange comme puissant instrument de croissance économique.

Dans l’aveuglement, les dirigeants et leurs pays peuvent céder à la tentation de chercher uniquement à obtenir à tout prix des avantages et des préférences. Cela serait la négation de l’essence même du système commercial multilatéral, qui repose sur une vision à long terme, plus complète, plus globale et plus systémique, qui caractérise l’oeuvre collective du développement. Ce qu’il faut aujourd’hui, c’est plus d’ouverture, moins de protectionnisme, moins de subventions et moins d’obstacles.

Il faut faire plus de place aux politiques commerciales dans le redressement de l’économie mondiale. Cette Organisation prend toute son importance quand de sombres nuées se profilent à l’horizon. C’est là que sa voix se transforme en un appel au bon sens. De par son existence même, elle défend la sécurité juridique au milieu des incertitudes financières car son histoire est faite d’avancées prudentes mais déterminées. Il n’y a pas de solutions simples pour conduire l’économie mondiale. Les réponses que nous cherchons, nous les trouverons dans les décisions qui contribuent à l’accroissement du commerce des biens et des services, à la facilitation des échanges, à l’augmentation de l’investissement, à la sécurité juridique et à l’innovation.

Le Cycle d’Uruguay était porteur de grandes promesses d’augmentation de la production et de l’emploi et de réduction de la pauvreté. dans les 25 années qui ont suivi, les promesses de 1986 se sont accomplies. Ces années ont été marquées par la plus forte croissance de l’économie mondiale de tous les temps. Jamais autant de personnes sont sorties de la pauvreté et jamais autant de pays se sont engagés sur la voie du développement. Le commerce mondial est devenu un moteur et, s’il s’arrêtait, toute possibilité de reprise économique disparaîtrait. Notre défi est donc d’identifier les mesures supplémentaires à prendre pour étendre les avantages du libre‑echange et de trouver la volonté de les mettre en oeuvre.

 

II. Le Costa Rica et le libre‑echange: une reussite.

Mais ce n’est pas seulement ce que l’on constate au niveau international qui nous amène à souligner l’importance du commerce international; c’est aussi l’exemple des pays qui ont osé défendre le commerce avec détermination et qui, aujourd’hui, récoltent les fruits de cette décision. C’est le cas de mon pays, le Costa Rica.

Le Costa Rica est un exemple réussi d’insertion dans l’économie mondiale qui a eu des effets sans précédent sur la croissance économique, le développement de la production et l’amélioration du bien‑etre de la population. Le commerce nous a aidé à nous insérer avec succès dans le monde, grâce à des décisions judicieuses concernant différents aspects de notre développement. C’est grâce à ces décisions que le Costa Rica est aujourd’hui un modèle en matière de développement humain, de démocratie et de respect de l’environnement.

En tant que petite république fondée il y a 190 ans par des professeurs, nous avons fait de l’éducation le principal instrument de création de richesse et de mobilité sociale. En 1869, avant bien d’autres pays, nous avons décrété que l’éducation était un droit universel et qu’elle était à la charge de l’État, également accessible aux hommes et aux femmes. Aujourd’hui, nous consacrons 7 pour cent du PIB à l’instruction publique. Quatre‑vingt pour cent des écoles possèdent des laboratoires d’informatique et notre objectif est que, d’ici à 2017, 100 pour cent des élèves du secondaire apprennent l’anglais comme deuxième langue. Nous avons décidé de promouvoir l’enseignement technique, pour multiplier par deux en trois ans le nombre de diplômés de cette filière.

Outre des niveaux élevés de développement humain, nous avons instauré des institutions démocratiques solides et nous avons renforcé l’État de droit. L’abolition de l’armée en tant qu’institution permanente, en 1948, nous a garanti un climat de paix et de stabilité durable, et a fait de notre pays une démocratie solide et stable en Amérique latine. Ainsi, l’investissement dans le développement humain et la stabilité politique et sociale sont devenus les piliers de notre développement, auquel a aussi contribué notre soutien également enthousiaste du libre‑echange.

Nous croyons en un commerce fondé sur des règles claires et transparentes, qui créent des conditions égales pour que tous les pays puissent entrer en concurrence sur le grand marché mondial. Si nous sommes parvenus à un niveau de développement plus élevé, c’est parce que nous avons résolument ouvert notre économie, de façon continue, tout au long des 30 dernières années. Nous l’avons ouverte unilatéralement quand notre agenda économique ne coïncidait pas avec celui du système commercial multilatéral. Nous l’avons ouverte bilatéralement ou régionalement, quand il coïncidait avec celui des pays amis. Nous l’avons toujours ouverte multilatéralement, avec tous les pays Membres de l’OMC.

L’histoire du Costa Rica a changé “avant” et “après” l’ouverture économique et commerciale. Il y a presque trois décennies, notre économie reposait essentiellement sur l’exportation de ce que nous appelons “des desserts” : le café, le sucre et la banane. À la fin des années 1980, nous avons été réveillés par les effets de la crise liée de la dette de l’Amérique latine. C’était, comme aujourd’hui, une crise essentiellement financière, mais notre dépendance à l’égard de deux ou trois produits agricoles nous rendait particulièrement vulnérables. Cette crise a été pour nous l’occasion de nous ouvrir au monde. Notre redressement nécessitait plus d’investissements pour diversifier notre production. Nous avons d’abord engagé de façon unilatérale un processus de réduction des droits de douane puis nous avons obtenu le statut d’observateur dans le cadre du Cycle d’Uruguay et, en 1990, nous sommes devenus la centième partie contractante du GATT.

Aujourd’hui, bien que nous soyons un petit pays, qui compte seulement 4,5 millions d’habitants, nous avons obtenu, grâce aux traités commerciaux que nous avons conclus, notamment avec les Etats‑Unis d’Amérique, l’Union Européenne et la Chine, un accès préférentiel à des marchés qui compteront bientôt plus de 2 milliards de consommateurs et qui représenteront près de 70 pour cent du produit brut mondial. En outre, notre offre à l’exportation est aujourd’hui très diversifiée, avec plus de 4 000 produits. Nous sommes présents dans le monde avec des fruits tropicaux et des fleurs exotiques, mais aussi avec des processeurs pour ordinateurs et des valves cardiaques. Si l’on exclut les minéraux et les combustibles, le Costa Rica s’étant détourné des industries extractives très polluantes, nous sommes aujourd’hui le premier exportateur par habitant de marchandises en Amérique latine et le premier exportateur de produits de haute technologie.

Nous avons aussi appris à vendre nos produits sur les marchés plus exigeants et plus avancés et à nous intégrer dans les chaînes de production mondiales. En 2009, plus de 40 pour cent des exportations du Costa Rica étaient déjà liées aux chaînes de valeur mondiales, en particulier avec les appareils médicaux et les produits pour les industries électronique, automobile et aéronautique. Près de 40 pour cent de la valeur de ces produits finis est ajoutée par la production au Costa‑Rica. C’est avec une grande satisfaction que je peux dire que nous sommes en train de passer de l’idée de “fabriqué au Costa Rica” à celle de “créé au Costa Rica”.

Malgré le climat international, en 2011, le Costa Rica a reçu l’équivalent de 4 pour cent du produit intérieur brut en investissements étrangers directs, soit plus que la totalité des investissements que nous avons reçus pendant la première moitié des années 1990. Ces nouveaux investissements s’ajoutent aux investissements antérieurs de sociétés comme Hewlett Packard, Intel et Procter and Gamble, qui ont ouvert la voie à la création d’un grand pôle de haute technologie qui attire des géants tels qu’IBM. Le libre‑echange encouragé par le Costa Rica n’aurait jamais été possible sans l’existence de l’OMC.

L’OMC est le garant de l’environnement juridique institutionnel qui nous permet de réaliser ce à quoi nous aspirons. À l’OMC, mon pays a rencontré les pays plus riches, parfois dans le cadre de différends qui ont conduit à la restauration de nos droits, parfois dans le cadre de négociations dans lesquelles les intérêts étaient difficiles à concilier. Cependant, le plus courant est que nous participions à des alliances cherchant à retirer des avantages communs d’une plus grande libéralisation.

L’OMC a aussi permis à un petit pays comme le nôtre de s’exprimer avec la même force que des pays plus grands. Et c’est ce que nous avons fait, sans complexe. Notre vocation étant d’agir conformément au droit, nous y avons trouvé un espace pour nous défendre, pour utiliser nos avantages comparatifs et pour faire valoir les droits que nous confèrent les Accords de l’OMC. Cet environnement juridique justifie la confiance que les peuples ont dans le droit international public et pour cette raison nous ne devons pas reculer devant les tâches qui nous attendent et qui nous permettront de renforcer encore plus les institutions multilatérales en matière de commerce et d’investissement.

III. Vers la viabilite du systeme commercial multilateral: jeter les nouvelles bases de la confiance et du progres.

Dans les temps incertains que nous vivons actuellement, nous cherchons des réponses aux interrogations du moment. Mais cette quête doit s’accompagner d’un bilan minutieux de ce qui a été fait jusqu’à présent. Les tâches qui attendent l’OMC sont gigantesques et les moyens de relever ces défis sont au centre de l’attention dans les discussions en cours au niveau international. Jamais il n’a été plus urgent qu’aujourd’hui de rétablir la confiance et de conclure des accords qui permettent de sortir de l’impasse dont s’impatientent tant de pays. La lenteur du Cycle de Doha affaiblit la confiance dans le système et accentue les tendances centrifuges du régionalisme. Les États, les chefs d’entreprise et les citoyens du monde entier ont besoin de plus de sécurité et de plus de confiance, et seule l’OMC peut les leur offrir en surmontant les écueils qui se présentent.

Depuis que nous avons engagé les négociations du Cycle de Doha il y a plus de dix ans, le monde a suivi son cours et notre programme d’action a changé. Le moins que nous puissions faire après une décennie de discussions, c’est de faire preuve de bon sens et de flexibilité. Il ne sert à rien de poursuivre des discussions byzantines sur des positions extrêmes. Nous ne pouvons pas nous contenter de discuter des questions mises sur la table initialement, car le monde a changé. Nos besoins ont évolué et nous ne pouvons pas ignorer les nouveaux sujets liés au commerce, comme le changement climatique, les chaînes de valeur mondiales, les taux de change et les nouvelles conditions d’investissement.

Malgré toutes les difficultés qu’il rencontre, le Cycle de Doha est une tâche à laquelle nous ne pouvons pas nous soustraire. C’est là le principal défi que nous devons relever. Le Cycle de Doha ne peut être considéré comme une concession unilatérale des pays développés aux pays en développement. Nous devons, au contraire, considérer qu’il donne à tous les pays la possibilité de promouvoir l’avantage mutuel. Jusqu’à présent, nous avons tous été gagnants avec les règles en vigueur, mais il nous faut bien reconnaître que certains l’ont été plus que d’autres. Pour que le système commercial multilatéral soit viable, il faut non seulement que tous les pays représentés ici aient leur place, mais aussi qu’ils aient les mêmes possibilités.

Le monde survivra à un échec du Cycle de Doha, mais notre objectif ne doit pas être simplement de survivre; il doit être aussi d’avancer et de progresser. Nous devons jeter les nouvelles bases de la confiance ‑ cette confiance qui est actuellement un bien si rare dans le monde. L’absence d’accord pourrait avoir de nombreuses conséquences pratiques, mais la plus grave serait sans aucun doute d’envoyer au monde un message indiquant que les gouvernants refusent d’avancer, qu’ils renoncent au changement et qu’ils ne parviennent pas à trouver des solutions fiables aux problèmes communs dont nous souffrons aujourd’hui.

Nous ne pouvons pas nous résigner au statu quo. les périodes de crise sont l’occasion de forger un consensus. Je suis certaine que les divergences qui nous séparent céderont un jour la place aux convergences qui nous unissent. Il reste à savoir quand, car le temps presse.

C’est la responsabilité de chacun qui est engagée: il nous incombe à tous de trouver des réponses permettant d’écarter les signes de tourmente. Je suis sûre que bon nombre de ces réponses émaneront de ce forum et s’appuieront sur la structure exceptionnelle que nous offrent l’OMC et le commerce international. L’histoire ne s’arrête pas et nous pouvons continuer à en tirer des avantages, nous avons droit à l’espoir.

Je vous remercie.

 

 

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