DIRECTEUR GÉNÉRAL

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Déclaration du Directeur général, Roberto Azevêdo

Bonjour à tous.

Merci de votre présence à cette réunion convoquée à bref délai, avant la réunion extraordinaire virtuelle du Conseil général de demain.

La réunion aujourd'hui concerne un arrangement administratif bien particulier. J'ai une annonce à faire. En août de cette année, cela fera sept ans que j'occupe le poste de Directeur général de l'OMC et j'ai décidé de quitter mes fonctions le 31 août 2020, un an exactement avant la fin de mon second mandat.

Beaucoup d'entre vous ont sûrement vu les informations parues dans la presse au sujet de ma décision. J'aurais souhaité vous en informer avant que vous ne l'appreniez dans la presse, mais il en a malheureusement été autrement.

C'est une décision que je ne prends pas à la légère. Avec le confinement et ma récente opération du genou, j'ai eu plus de temps que d'habitude pour réfléchir et ce n'est qu'après de longues discussions avec ma famille — avec mon épouse ici, à Genève, et avec mes filles et ma mère à Brasilia — que j'ai pris cette décision. Il s'agit d'une décision personnelle — une décision familiale — qui, j'en suis convaincu, servira au mieux les intérêts de cette Organisation.

Je veux aussi être clair sur ce dont il ne s'agit pas: il ne s'agit pas d'une décision liée à des raisons de santé (Dieu merci). Il ne s'agit pas non plus pour moi de poursuivre des objectifs politiques. J'espère que l'avenir me réserve de nouveaux défis, mais je ne les connais pas encore.

Aussi enrichissantes qu'aient été ces sept dernières années, il est maintenant temps pour moi de mettre fin à ce cycle. Alors que les Membres commencent à définir le programme de travail de l'OMC pour faire face aux nouvelles réalités de l'après-COVID, ils devraient le faire avec un nouveau Directeur général.

Ce n'est pas facile pour moi d'annoncer cela. Le système commercial multilatéral est au centre de ma carrière depuis que j'ai obtenu mon premier poste ici, en 1997. Depuis, je travaille dans le système, avec le système et pour le système. Je lui ai consacré une grande partie de ma vie — 23 ans — et je suis reconnaissant d'avoir eu la possibilité de le faire. Mon mandat en tant que Directeur général de l'OMC a été la période la plus exigeante, la plus passionnante et la plus gratifiante de ma vie professionnelle. J'ai beaucoup appris et je pense avoir pu contribuer au maintien de l'OMC en tant que pilier essentiel de la gouvernance économique mondiale, dans une période difficile pour la coopération multilatérale.

Ensemble, nous avons appris à être créatifs, innovants et pragmatiques. Nous avons conclu l'Accord sur la facilitation des échanges, élargi le champ d'application de l'Accord sur les technologies de l'information et pris des décisions concernant la sécurité alimentaire. Nous avons éliminé les subventions à l'exportation des produits agricoles et augmenté les exportations de biens et de services des pays les moins avancés. Des groupes de Membres partageant les mêmes idées ont trouvé des moyens de faire avancer les discussions sur des questions essentielles tout en protégeant le droit des autres Membres de participer ou non.

Derrière tout ce travail se trouve le personnel du Secrétariat de l'OMC, auquel je veux rendre un hommage particulier. Travailler avec des personnes aussi professionnelles et dévouées a fait partie des meilleurs moments de mon mandat.

Pourtant, malgré tout ce que nous avons accompli, il reste encore beaucoup à faire. Nous nous sommes fixé des objectifs ambitieux et porteurs de changement pour la douzième Conférence ministérielle (CM12) et pour la réforme de l'OMC. Nous devons maintenant faire en sorte que le commerce contribue à la reprise économique mondiale après la pandémie de COVID-19.

Toutefois, ce n'est pas sous mon leadership que vous tracerez et emprunterez la voie stratégique à suivre pour l'avenir.

Les difficultés qui attendent l'Organisation seront toujours considérables — à la mesure de sa pertinence et de son rôle en tant que source de prévisibilité et de certitude dans une économie mondiale en rapide évolution.

Outre les travaux et négociations en cours, nous devons aussi réfléchir à ce dont nous avons besoin pour faire avancer les discussions plus larges sur la réforme de l'OMC. Ce processus continu de changement pragmatique est quelque chose dont nous avons souvent discuté au fil des ans.

Nous savons que l'OMC ne peut pas rester figée dans un monde en profonde mutation. Faire en sorte que l'Organisation reste en mesure de répondre aux besoins et aux priorités des Membres est un impératif, ce n'est pas une option. La “nouvelle norme” qui émerge de la pandémie de COVID-19 devra être prise en compte dans nos travaux.

Une réforme véritable et profonde est un travail de longue haleine. Nous commençons, avec succès, à faire les choses différemment, mais il faudra du temps et de l'engagement de la part des Membres pour continuer à ouvrir des voies pour l'avenir. Je suis convaincu que nous avons pris la bonne direction mais nous serons amenés à faire des choix lourds de conséquences et à mener une réflexion de fond.

La CM12 sera une étape décisive à cet égard.

Selon moi, la CM12 devrait constituer un tremplin pour l'avenir de l'OMC. Elle devrait nous permettre d'unir nos divers efforts dans le cadre d'une approche cohérente et de jeter les bases de la réforme qui suivra. Cela signifie que la CM12 devra être soigneusement préparée et menée à bien par vous, les Membres.

Mon départ en août vous donnera le temps dont vous avez besoin pour travailler avec mon successeur — quel qu'il ou elle soit — afin de définir l'orientation stratégique à suivre pour la CM12 et pour les mois et années suivants.

Compte tenu de la situation actuelle, notre prochaine Conférence ministérielle se tiendra soit au milieu soit à la fin de 2021. Le Kazakhstan s'est proposé pour accueillir une réunion en juin et il est fort possible que cette option soit retenue.

Selon notre calendrier normal, le processus de sélection du prochain Directeur général de l'OMC débuterait en décembre avec la désignation des candidats. Il durerait alors tout le premier trimestre de 2021 —et peut-être au-delà. Je n'ai pas besoin de vous rappeler à quel point ce processus est intense.

Ce calendrier perturberait clairement les travaux préparatoires pour la CM12, que celle-ci ait lieu pendant l'été de l'hémisphère Nord ou à la fin de l'année.

Dans les deux cas, le processus de sélection détournerait notre attention des résultats souhaités, ou pire, nuirait à leur obtention. Au lieu de concentrer tous les efforts sur la recherche de compromis — sur la recherche de flexibilité et de concessions —, nous consacrerions un temps précieux à un processus chargé d'enjeux politiques qui s'est avéré être source de divisions dans le passé.

Si la Conférence ministérielle devait se tenir en milieu d'année, le processus de sélection coïnciderait avec la phase la plus intensive des préparatifs de la Conférence et compromettrait alors très probablement la planification et la tenue de la CM12.

Même si la CM12 se tenait à la fin de 2021, rester en poste jusqu'à la fin de mon mandat ne laisserait à mon successeur que quelques semaines de préparation. J'ai été confronté à cette situation lorsque j'ai pris mes fonctions et je peux vous dire d'expérience que cela est loin d'être idéal. Cela pourrait fonctionner si nous avions une Conférence ministérielle très ciblée, axée sur un petit nombre de questions telles que la facilitation des échanges et la détention de stocks publics, comme ce fut le cas en 2013. Mais étant donné les vastes implications des décisions que vous serez amenés à prendre à la CM12 et le large éventail de questions que vous devrez probablement traiter, je pense que vous et vos parties prenantes méritez plus d'ambition.

Nous devons dissocier ces deux processus: la désignation du prochain Directeur général et la préparation de la CM12. Mener les deux processus en même temps compromettrait inévitablement la CM12 et la dynamique de réforme. Cette Organisation est trop importante pour moi pour que je laisse cela se produire.

J'ai tenu compte de ces considérations relatives au calendrier dans la réflexion qui m'a amené à décider de quitter mes fonctions. J'en ai conclu que plus tôt je vous permettrai de mener à bien le processus de sélection, mieux ce sera.

Comme nous l'avons vu, je pense que nous devons laisser à mon successeur suffisamment de temps pour déterminer, avec vous, non seulement la voie à suivre pour la CM12, mais aussi la place de cette Conférence dans vos projets pour l'avenir de l'Organisation. Ce n'est pas une tâche facile, loin de là. Cela nécessite une délibération approfondie — et suffisamment de temps pour faire avancer ces discussions. Plus tôt le nouveau Directeur général prendra ses fonctions, mieux ce sera.

Deuxièmement, la pandémie a considérablement ralenti nombre de nos activités. Les réunions physiques demeurent suspendues. Beaucoup d'entre vous ont aussi dit qu'ils ne souhaitaient pas essayer de faire avancer les négociations pour le moment. Même si les conditions à Genève s'améliorent, il est fort probable que bien des capitales et des gouvernements seront soumis à rude épreuve ces prochains mois.

Cette situation nous donne une chance de lancer un processus de sélection qui perturbera moins les travaux de l'OMC qu'il ne l'aurait fait dans les circonstances normales. Les Membres devraient saisir ce moment pour commencer à réfléchir à la façon de procéder au changement de gouvernance à l'OMC.

De nouveau, j'ai pris ma décision à l'issue d'une longue et difficile réflexion et de nombreux échanges avec ma famille.

Pour toutes les raisons que j'ai énoncées, je pense qu'il serait préférable que les Membres engagent sans délai le processus de sélection du prochain Directeur général.

Les procédures qui définissent le processus de sélection du Directeur général, adoptées par les Membres en 2002, disposent qu'au cas où le poste de Directeur général deviendrait vacant, “le Président du Conseil général engagera dès que possible le processus de désignation du nouveau Directeur général”. Je suis et je resterai en contact étroit avec le Président du Conseil général et avec vous tous pour faciliter ce processus de toutes les façons que vous jugerez nécessaires.

Je vous engage vivement à ne pas traiter le processus de sélection du prochain Directeur général comme s'il s'agissait d'une affaire courante. Cette Organisation doit entamer 2021 en axant ses travaux sur les véritables difficultés: faire que le système commercial multilatéral réponde aux nouvelles réalités économiques, en particulier la relance de l'après COVID. Elle ne peut pas se permettre d'être détournée de son objectif par les lenteurs du recrutement d'un nouveau Directeur général.

Je serai avec vous et je m'attacherai à améliorer et à renforcer cette Organisation, jusqu'au dernier jour de mon mandat — et au-delà car, où que je me trouverai, tout comme mes prédécesseurs, je défendrai toujours ce système et l'OMC.

L'OMC est peut-être imparfaite mais elle n'en est pas moins indispensable. C'est elle qui nous préserve d'un monde régi par la loi de la jungle, du moins en ce qui concerne le commerce.

Je suis fier de notre travail et cela a été un véritable privilège de collaborer avec chacun d'entre vous: vous qui êtes ici aujourd'hui tout comme ceux qui vous ont précédés.

Je n'ai pas l'intention d'engager une discussion aujourd'hui. Je tenais simplement à vous faire part de cette information. J'aimerais préciser aussi que le Conseil général de demain ne portera absolument pas sur ce sujet. Nous aurons un débat très important sur les questions liées à la COVID recensées par le Président et vous devrez employer chaque seconde des cinq minutes qui vous sont accordées à participer à cet échange.

Comme je l'ai dit, je serai encore avec vous pendant les quelques mois à venir. Il est temps de relever nos manches et de trouver un leader digne de vous, de nos parties prenantes et du système commercial multilatéral.

Je vais à présent vous donner la parole, pour que ceux d'entre vous qui le souhaitent puissent s'exprimer. Je le répète, je n'attends aucune discussion en soi aujourd'hui - nous aurons largement le temps pour cela. Le Président du Conseil général prendra contact avec vous très rapidement pour discuter de la suite des opérations. Si vous demandez la parole, je vous prie donc d'être très brefs.

Merci.

Déclaration de David Walker, Président du Conseil général

Merci beaucoup, Roberto. Je suis profondément attristé par votre décision et suis certain que tous les Membres de l'OMC le sont aussi. Je sais toutefois que ce n'est pas une décision que vous avez prise à la légère, et vous avez toute ma compréhension et mon entier soutien.

Il y a exactement sept ans, le 14 mai 2013, le Conseil général acceptait officiellement votre désignation au poste de nouveau Directeur général de l'OMC. Nous ne nous faisons pas nos adieux aujourd'hui, mais je suis certain de parler au nom de tous les Membres lorsque je dis que cette Organisation et le système commercial multilatéral dans son ensemble doivent beaucoup à votre leadership, à vos efforts incessants et à votre engagement indéfectible au cours de ces sept dernières années. Même en ces temps très difficiles, vous avez toujours fait preuve d'un grand engagement et d'une grande confiance, et vous méritez toute notre admiration.

Un travail de fond considérable nous attend au cours des mois pendant lesquels vous serez encore à la tête de l'Organisation, et je me réjouis de faire ce travail avec vous.

En tant que Président du Conseil général, j'ai l'intention d'ouvrir immédiatement le dialogue avec les Membres et d'engager dès que possible le processus de désignation du nouveau Directeur général, conformément aux lignes directrices relatives à la désignation des directeurs généraux approuvées par le Conseil général et figurant dans le document WT/L/509.

Conformément à ces lignes directrices, je notifierai à tous les Membres le début du processus.

Conformément au paragraphe 23 des lignes directrices, je consulterai également les Membres quant à la possibilité d'établir des délais plus courts, selon qu'il sera nécessaire, compte tenu du peu de temps dont nous disposons avant le 1er septembre.

Je vous remercie, Monsieur le Directeur général.

 

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