PRESS/858

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

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Selon les statistiques de l'OMC, le volume du commerce des marchandises a régressé de 3% en glissement annuel au premier trimestre. Les premières estimations pour le deuxième trimestre, période au cours de laquelle le virus et les mesures de confinement associées ont touché une grande partie de la population mondiale, prévoient un recul d'environ 18,5% en glissement annuel (graphique 1). Ces baisses sont d'une ampleur sans précédent, mais elles auraient pu être bien pires. Compte tenu du fort degré d'incertitude touchant la gravité et l'impact économique de la pandémie, les prévisions commerciales annuelles faites par l'OMC le 20 avril mentionnaient deux trajectoires plausibles: un scénario relativement optimiste dans lequel le volume du commerce mondial des marchandises en 2020 se contracterait de 13% et un scénario pessimiste dans lequel il chuterait de 32%. Dans l'état actuel des choses, il faudrait seulement que le commerce progresse de 2,5% par trimestre durant le reste de l'année pour que la projection optimiste se réalise. Toutefois, dans la perspective de 2021, des circonstances défavorables, par exemple une deuxième vague de COVID-19, une croissance économique plus faible que prévu ou un recours généralisé à des restrictions commerciales, pourraient se traduire par une expansion des échanges inférieure aux projections antérieures.

"La chute du commerce à laquelle nous assistons aujourd'hui est d'une ampleur inégalée – ce serait en fait la plus forte jamais enregistrée", a déclaré le Directeur général, Roberto Azevêdo. "Mais il y a quand même un aspect réconfortant important: elle aurait pu être bien pire. C'est une nouvelle véritablement positive, mais nous ne pouvons pas nous permettre de relâcher nos efforts. Les décisions mises en œuvre ont été essentielles pour atténuer le coup porté à la production et au commerce, et elles continueront de jouer un rôle important en déterminant le rythme du redressement économique. Pour assurer une forte reprise de la production et du commerce en 2021, il faudra que les politiques budgétaires, monétaires et commerciales aillent toutes dans le même sens."

Graphique 1 – Volume du commerce mondial des marchandises, 2005T1 2021T4
(Indice, 2015 = 100)

Source: OMC/CNUCED et estimations du Secrétariat de l'OMC.

Compte tenu des données commerciales disponibles pour le deuxième trimestre, le scénario pessimiste d'avril, qui prévoyait un coût sanitaire et économique encore plus élevé que ce qui s'est réalisé, semble moins probable, car il envisageait des baisses plus fortes au premier et au deuxième trimestre.

La pandémie de COVID-19 et les efforts déployés pour la contenir se sont intensifiés au cours de la seconde moitié de mars. Les mesures strictes de distanciation sociale et de restriction touchant les voyages et les transports qui étaient pleinement en vigueur dans la plupart des pays pendant les mois d'avril et de mai sont maintenant de plus en plus assouplies. Ces évolutions se reflètent dans divers indicateurs économiques qui, pris ensemble, laissent penser que le commerce pourrait avoir touché le fond au deuxième trimestre de 2020. Les vols commerciaux, qui assurent un volume important du fret aérien international, ont diminué de près des trois quarts (-74%) entre le 5 janvier et le 18 avril, pour remonter de 58% jusqu'à la mi-juin (graphique 2). Le trafic des ports à conteneurs semble aussi enregistrer une reprise partielle en juin par rapport au mois de mai (graphique 3). Parallèlement, les indices des nouvelles commandes à l'exportation dérivés des indices des directeurs d'achat ont aussi commencé à se redresser en mai, après des baisses record en avril (graphique 4). Il est utile de rappeler que ces reprises font suite à des chutes historiques ou presque, et il faudra les suivre attentivement avant de tirer des conclusions définitives sur la reprise.

Dans la perspective de l'année prochaine, une reprise économique plus lente que prévu pèserait sur la croissance du commerce. Cette possibilité est illustrée par la ligne pointillée verte du graphique 1, qui indique une croissance plus proche de 5% pour 2021, ce qui serait très inférieur à la trajectoire antérieure à la pandémie. Pour retrouver rapidement cette trajectoire, il faudrait que la croissance du commerce en 2021 avoisine 20%, conformément au scénario optimiste des prévisions d'avril. Les choix en matière de politique monétaire, budgétaire et commerciale joueront un rôle important pour déterminer le rythme de la reprise.(1)

Les perspectives de l'économie mondiale au cours des deux prochaines années restent très incertaines, comme le révèle l'éventail des estimations du PIB faites par d'autres organisations internationales, qui reposent parfois sur des scénarios multiples (tableau 1). La Banque mondiale, l'OCDE et le FMI ont publié des prévisions qui montrent toutes d'importants ralentissements du commerce et du PIB dans le monde; ces prévisions sont toutes globalement conformes à celles de l'OMC pour l'année en cours. Les prévisions récentes de la Banque mondiale annoncent un recul de 5,2% de la production mondiale en 2020, chiffre qui se situe entre les prévisions optimistes et pessimistes de l'OMC. Les prévisions d'autres organisations internationales concernant le PIB en 2020 sont également de plus en plus négatives, même si leurs projections concernant le commerce restent à peu près du même ordre que le scénario optimiste de l'OMC. Ces estimations indiquent une réaction moins négative du commerce au recul de la croissance du PIB que ce qui a été observé durant la crise financière mondiale de 2008-2009.

Tableau 1: Résumé des prévisions récentes concernant le PIB et le commerce au niveau mondial

Source: Secrétariat de l'OMC, Fonds monétaire international, Banque mondiale, Organisation de coopération et de développement économiques, Federal Reserve Bank of Philadelphia, Banque centrale européenne.
Note: Les chiffres du PIB global donnés par l'OCDE et le FMI sont en parité de pouvoir d'achat, tandis que les chiffres donnés par la Banque mondiale et l'OMC sont pondérés par les taux de change du marché. Les chiffres du volume du commerce donnés par l'OMC se rapportent au commerce des marchandises, alors que ceux des autres organisations se rapportent au commerce des marchandises et des services.

La réactivité du commerce aux variations du revenu peut être mesurée par le ratio de la croissance du volume du commerce des marchandises à la croissance du PIB réel aux taux de change du marché, également désigné sous le nom d'élasticité-revenu du commerce. L'élasticité implicite dans les prévisions optimistes de l'OMC pour 2020 était de 5,3 – du même ordre que celle constatée pendant la crise financière. Toutefois, si le PIB mondial se contractait de 5,2% comme l'estime la Banque mondiale, avec une baisse du commerce de 13,4%, l'élasticité ne serait plus que de 2,6.(2)Une élasticité inférieure signifie que le commerce résiste mieux à une baisse donnée du revenu.

Il y a plusieurs raisons pour lesquelles le commerce pourrait moins réagir aux variations du PIB qu'il ne l'a fait lors de la crise financière. Premièrement, les politiques budgétaires et monétaires ont sans doute été déployées plus rapidement et sur une plus grande échelle pendant la crise actuelle que durant la période 2008-2009. Dans ses scénarios, l'OMC n'a pas cherché à modéliser ces deux ensembles de politiques car, à l'époque, elles commençaient juste à être mises en place. Deuxièmement, le soutien au revenu des ménages et les attentes quant à une atténuation à terme de la pandémie ont peut-être encouragé les consommateurs à maintenir leur consommation à des niveaux plus élevés que prévu. Enfin, une grande partie de la baisse de la production a été concentrée sur les services non échangeables tels que l'hébergement, les services personnels et les loisirs, qui tendent à avoir une intensité d'importation plus faible que les activités manufacturières.

Alors que les achats de biens durables tels que les automobiles ont fortement chuté au début de la crise (graphique 5), d'autres secteurs économiques ont montré des signes de résilience au cours des dernières semaines. Les ventes de produits électroniques grand public ont mieux résisté jusqu'à présent qu'on aurait pu le penser, ce qui a soutenu le commerce international de ces produits. Selon les statistiques douanières de la Chine, par exemple, les exportations chinoises de machines automatiques de traitement de l'information, y compris les ordinateurs, ont enregistré en avril une hausse en dollars EU de 30% en glissement annuel. De même, les données empiriques révèlent une forte demande de services informatiques et services liés aux technologies de l'information, qui ont facilité le travail à domicile pendant la crise.

Les ventes d'automobiles se sont également redressées depuis peu, même s'il est vrai qu'elles étaient tombées très bas. En Chine, par exemple, elles ont augmenté de 5% en glissement annuel au mois de mai, après une chute de 79% en février. En Europe occidentale et aux États-Unis, elles étaient encore très basses en mai par rapport à l'an dernier, mais le recul était moins marqué que le mois précédent. L'augmentation des achats de biens de consommation durables peut être considérée comme le signe précurseur d'un renouveau de la confiance des consommateurs lié à la levée des mesures de confinement et au rétablissement des économies. Elle sera donc suivie avec attention au cours des mois à venir.

Graphique 2 – Nombre de vols commerciaux par jour dans le monde selon les données de FlightRadar
(Nombre de vols)

Source: FlightRadar.

Graphique 3 – Trafic mondial de conteneurs, janvier 2007-juin 2020
(Indice corrigé des variations saisonnières, 2015 = 100)

Source: Institut d'économie maritime et de logistique jusqu'en avril 2020, estimations du Secrétariat de l'OMC d'après les escales mondiales/régionales tirées des données AIS de la base de données Comtrade de l'ONU pour mai et juin.

Graphique 4 - Nouvelles commandes à l'exportation d'après les indices des directeurs d'achat, janvier 2008 mai 2020
(Indice, base = 50)

Note: Les valeurs supérieures à 50 indiquent une expansion tandis que les valeurs inférieures à 50 indiquent une contraction.
Source: JPMorgan/IHS Markit.

Graphique 5 – Ventes d'automobiles dans certaines économies
(Variation en % en glissement annuel)

Source: Federal Reserve Bank of St. Louis, Association chinoise des constructeurs d'automobiles, Association des constructeurs européens d'automobiles.

Notes:

  1. Il faut noter que les taux de croissance tirés des indices trimestriels du volume du commerce des marchandises sont généralement proches des taux de croissance tirés des statistiques annuelles, sans être tout à fait identiques. retour au texte
  2. Les élasticités implicites du FMI pour 2020 sont du même ordre, alors que celles de l'OCDE sont plus faibles, mais elles ne sont pas directement comparables avec les prévisions de l'OMC, car la croissance du PIB est mesurée en parité de pouvoir d'achat et non aux taux de change du marché. retour au texte

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