ALLOCUTIONS — DG NGOZI OKONJO-IWEALA

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Vos Excellences Mme Saida Mirziyoyeva,
M. le Vice-Premier Ministre Jamshid Khodjaev,
M. Ravshan Gulyamov,
M. Sodik Safoev, Premier Vice-Président du Sénat,
Mesdames et Messieurs les représentants du FMI et de la Banque mondial,
partenaires et membres de la communauté internationale,
Mesdames et Messieurs,

Bonjour.  J'ai le privilège de me joindre à vous tous aujourd'hui pour échanger des vues sur la manière dont l'accession à l'OMC peut contribuer au programme ambitieux de réforme économique du gouvernement de l'Ouzbékistan.

Depuis que j'ai pris mes fonctions en tant que Directrice générale de l'OMC il y a plus de trois ans, je suis de près le parcours de l'Ouzbékistan vers l'accession.  J'ai été impressionné par l'engagement et le travail intense du gouvernement, qui a utilisé de manière stratégique le processus pour faire avancer les réformes qui méritaient d'être introduites. 

En tant qu'ancienne Ministre des finances du Nigéria, je sais à quel point une réforme profonde des politiques est difficile. Je mesure l'énergie, le courage et la détermination qui sont nécessaires.  C'est pourquoi j'ai choisi l'Ouzbékistan pour ma première visite dans un pays accédant. Je voulais montrer que je soutiens les efforts de votre gouvernement en vue de l'accession, bien sûr, mais je souhaitais aussi recevoir des informations de l'Ouzbékistan afin de pouvoir communiquer ses principaux enseignements aux autres gouvernements accédants, confrontés à des défis similaires. 

Aujourd'hui, cela fait 30 ans que l'Ouzbékistan a présenté sa demande d'accession — un nombre d'années qui témoigne des obstacles rencontrés au cours du processus.  Près de quatre ans se sont écoulés depuis la relance formelle du processus [en juillet 2020], après une pause de 15 ans.  Les négociations se sont accélérées, en particulier au cours des 12-18 derniers mois.  La dernière réunion du Groupe de travail tenue il y a seulement dix jours a permis des progrès concrets dans tous les domaines de négociation. La question au centre des discussions, qui consistait d'abord à savoir si l'accession aurait lieu, est devenue celle de savoir quand et comment l'accession se ferait. 

Je souhaiterais m'exprimer aujourd'hui sur cinq ingrédients essentiels pour une accession réussie — et voir en quoi ces enseignements sont pertinents pour l'Ouzbékistan.

Depuis sa création, 36 Membres — bientôt 38, ont accédé à l'OMC. Vingt-deux candidats, dont l'Ouzbékistan, attendent encore leur tour.  Bien que chaque accession soit unique, les accessions réussies ont cinq ingrédients essentiels en commun: i) une forte volonté politique; ii) un mécanisme de coordination interministérielle efficace; iii) une équipe de négociation technique qui travaille intensément sous la direction d'un négociateur en chef compétent; iv) un soutien des partenaires; et v) une feuille de route de l'accession prévoyant des actions assorties de délais.  

Permettez-moi de vous décrire mon évaluation de la situation concernant l'accession de l'Ouzbékistan, pour ce qui est de chacun de ces ingrédients.

Premièrement, la volonté politique.  Au cours des 12 derniers mois, j'ai rencontré Son Excellence, M.le Président, ainsi que l'Assistante du Président et deux Vice-Premiers Ministres, et bien entendu le négociateur en chef et l'Ambassadeur à Genève.  Leur message a été cohérent et clair: l'accession à l'OMC est la priorité absolue du gouvernement.  C'est l'ingrédient le plus crucial pour mener à bien l'accession.      

Deuxièmement, la coordination interministérielle. L'accession à l'OMC touche beaucoup de secteurs de l'économie, voire tous.  Et comme nous le disons souvent dans les accessions, les négociations avec les parties prenantes nationales et entre celles-ci sont souvent plus difficiles que les celles qui sont menées avec les Membres de l'OMC.  Une coordination nationale qui fonctionne bien détermine la qualité et la cohérence des contributions aux négociations, ce qui confère sa crédibilité à l'équipe de négociation et aux positions de l'Ouzbékistan.  C'est la raison pour laquelle la présence constante du Vice-Premier Ministre Khodjaev, en tant que Président de la commission interinstitutions de l'Ouzbékistan, lors des trois réunions du Groupe de travail a été essentielle pour la crédibilité du processus d'accession de l'Ouzbékistan vis-à-vis des Membres de l'OMC.

Troisièmement, le négociateur en chef et son équipe technique, qui s'occupent des travaux courants liés aux négociations.  J'ai été associée de près à certaines des discussions avec le Vice-Premier Ministre Khodjaev et Mme Mirziyoyeva l'année dernière au sujet de l'équipe.  J'ai été impressionnée par la rapidité avec laquelle vous avez mis en place une nouvelle équipe dynamique, avec beaucoup d'enthousiasme, de dévouement et d'attention, des éléments auxquels les Membres sont sensibles et qui répondent à leurs attentes. Cette évolution positive a été reconnue et appréciée par les Membres de l'OMC, et pas seulement par mon équipe au Secrétariat.    

Quatrièmement, les partenaires qui apportent un soutien essentiel en termes de conseils sur les politiques, d'analyse technique, de formation ou de renforcement des capacités.  Les partenaires peuvent être bilatéraux et peuvent aussi inclure vos partenaires de négociation, mais ils peuvent aussi être de nature multilatérale, comme le FMI et la Banque mondiale, qui sont ici avec nous Depuis que l'accession de l'Ouzbékistan a progressé dans le contexte des réformes du gouvernement, la collaboration avec nos organisations de Bretton Woods a été très fructueuse pour l'OMC.  Je pense que c'est aussi le cas pour l'Ouzbékistan, car leur soutien peut contribuer à régler certains des principaux points de réforme pour faire avancer les négociations en vue de l'accession.       

Cinquième et dernier point: une feuille de route pour la conclusion de l'accession.  Cette feuille de route doit contenir un calendrier et les actions nécessaires pour achever l'accession.  Lors de la dernière réunion du Groupe de travail à Genève, le Vice-Premier Ministre, M. Khodjaev, a annoncé l'objectif d'accéder à l'OMC d'ici à 2026, à temps pour la quatorzième Conférence ministérielle qui se tiendra au Cameroun. Beaucoup se sont félicités de cet objectif, tandis que d'autres ont encouragé l'Ouzbékistan à se concentrer sur les actions plutôt que sur le calendrier. Ainsi, je vous conseille de vous concentrer sur les actions dans les domaines où les Membres ont formulé des demandes spécifiques et d'élaborer un plan d'action ou une feuille de route à l'échelle du gouvernement, assorti d'un calendrier spécifique pour assurer la compatibilité de chaque mesure avec les règles de l'OMC avant 2026. 

Quand j'ai atterri hier à Tachkent, j'ai été heureuse d'apprendre que le Décret présidentiel avait été publié quelques heures auparavant.  Ce décret touche directement plusieurs domaines au sujet desquels les Membres se sont dits préoccupés pour ce qui est de la compatibilité avec les règles de l'OMC, notamment les entreprises commerciales d'État (ayant des droits exclusifs), les restrictions à l'exportation, l'interdiction d'importer de l'alcool éthylique et les subventions à l'exportation.  Je tiens à saluer le pas en avant courageux que le gouvernement ouzbek a accompli pour permettre la compatibilité avec les règles de l'OMC. C'est l'une des avancées les plus importantes effectuées par le gouvernement depuis qu'il a relancé le processus d'accession en 2020. Je pense que ce décret fait progresser le processus d'accession dans la bonne direction.  

Dans le même temps, j'aimerais encourager le gouvernement à poursuivre ses efforts pour traiter d'autres domaines évoqués par les Membres, tels que les restrictions à l'exportation maintenues au moyen de procédures de licences d'exportation, les règles d'évaluation en douane, les droits d'accise sur les boissons énergisantes, les règlements techniques et les normes, ainsi que les normes dans le domaine de la sécurité sanitaire des produits alimentaires.

Je suis sûre que votre gouvernement s'est déjà engagé dans cette voie. Je peux vous dire que cette partie du processus d'accession ne sera pas facile. Les réformes réelles sont douloureuses et peuvent faire face à une opposition interne.  Mais en même temps, elles ne sont pas impossibles.  D'après ce que j'ai pu constater au cours des dernières années, je suis parfaitement convaincue que la sagesse du leadership présent ici permettra de mener à bien ce processus d'accession, avec le soutien de la communauté internationale.  Je reste à votre entière disposition et j'attends avec intérêt d'accompagner l'Ouzbékistan jusqu'à la fin de ce voyage.

Merci.

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