NOUVELLES: ALLOCUTIONS — DG ROBERTO AZEVÊDO

Observations du DG Azevêdo


POUR EN SAVOIR PLUS:
Allocutions: Roberto Azevêdo

  

Excellences,
Mesdames et Messieurs,

Bonjour.

Je suis très heureux de me joindre à vous aujourd’hui à l’occasion du Forum des ports africains ici au Sénégal. Je suis heureux d’être de retour! Je vous remercie pour votre aimable invitation à prendre la parole devant vous aujourd’hui et je remercie le Sénégal pour sa merveilleuse hospitalité.

Cet événement est une initiative très importante pour la communauté du commerce en Afrique.

L’Afrique est souvent décrite comme la nouvelle frontière de la croissance. Malgré la baisse des prix des produits de base, je pense qu’il y a de nombreuses raisons d’être optimistes.

La croissance en Afrique subsaharienne devrait reprendre dans les prochaines années. Nous estimons 3,7% en 2018.

L’Afrique a une population très jeune et une base de consommateurs de plus en plus importante. D’ici à 2034, le continent devrait avoir une main‑d’œuvre plus nombreuse que la Chine ou l’Inde.

L’Afrique est en expansion. Mais pour que le continent réalise pleinement son potentiel, il faut faire des progrès dans tous les domaines.

Cela signifie qu’il faut s’attaquer à des problèmes comme la pauvreté et les inégalités. Cela signifie aussi qu’il faut mettre fin à la dépendance à l’égard des produits primaires.

Il faut en outre trouver des moyens de renforcer les infrastructures, tant immatérielles que matérielles. Il faut que les réseaux physiques soient en place et reposent sur des institutions et des processus adéquats et efficaces.

Il va sans dire que la compétitivité des ports africains sera un facteur essentiel.

Les ports sont au centre du système commercial de l’Afrique. Environ 90% du commerce du continent se fait par la mer.

Les ports sont aussi très importants en raison des recettes douanières qu’ils collectent. Dans certains pays africains, ces recettes représentent environ 40% des recettes publiques.

C’est clair donc que le renforcement continu des ports africains sera crucial pour la poursuite du développement économique.

Et il y a fort à faire.

Les coûts du commerce liés à l’expédition de marchandises à partir des ports africains sont relativement élevés.

Prenons l’exemple du traitement des conteneurs.

Dans les pays émergents, l’expédition de conteneurs à l’étranger prend environ une semaine. Dans les ports africains, le temps d’attente moyen est plus proche de trois semaines.

Les coûts élevés du commerce posent un problème aussi pour les importations et, par conséquent, pour la chaine productive.

Des études montrent que les retards dans les ports africains peuvent augmenter de 10% le coût des marchandises importées. Cela peut être plus que l’effet des droits de douane.

À l’évidence, ces problèmes doivent être réglés pour que l’Afrique puisse s’intégrer avec succès dans le système commercial mondial.

Je pense qu’il est positif que les autorités portuaires africaines entreprennent déjà des réformes pour améliorer les infrastructures et la compétitivité des ports.

Lors de ma visite au Sénégal en février de l’année dernière, j’ai eu l’occasion de visiter le port de Dakar. J’ai été impressionné par ce que j’ai vu et par les améliorations qui étaient réalisées, en particulier la modernisation des procédures douanières et la mise en place d’un système de guichet unique.

Mais ce n’est qu’un exemple des nombreuses solutions novatrices qui sont mises en œuvre dans les ports partout en Afrique. Ce forum sera une excellente occasion d’échanger entre vous, vos expériences et vos bonnes pratiques.

Il montre votre volonté de relever les défis à venir. Et il montre aussi votre détermination collective à faire en sorte que les ports africains jouent un rôle positif dans la croissance du continent.

Ce travail est particulièrement important dans le contexte économique actuel.

Les perspectives de croissance du commerce mondial sont faibles et les flux d’investissements étrangers directs ne sont pas revenus aux niveaux observés avant la crise financière. L’OMC table sur une croissance du commerce de l’ordre de 1,8 à 3,1% en 2017. Cela tient en grande partie aux résultats médiocres de l’économie mondiale.

Dans ce contexte précaire, on entend parler de plus en plus de politique de repli sur soi.

Cela est souvent le cas quand la croissance mondiale est faible. Mais le recours au protectionnisme ne résoudrait pas les problèmes qui nous sont posés, il ne ferait que les aggraver.

La mise en place d’obstacles au commerce serait préjudiciable à la croissance économique partout dans le monde, y compris ici en Afrique.

Le commerce est vital pour la croissance, le développement et l’emploi. Il a permis à 1 milliard de personnes de sortir de la pauvreté et c’est un élément essentiel des nouveaux Objectifs de développement durable des Nations Unies, parmi une série d’autres objectifs importants.

Alors, au lieu d’ériger des obstacles au commerce, nous devons faire en sorte qu’il fonctionne mieux.

Nous devons veiller à ce que le commerce ouvre davantage de possibilités à un plus grand nombre de personnes, en particulier ici en Afrique.

Le commerce intrarégional ne représente que 13% du commerce total sur le continent.

Il est donc à l’évidence possible de faire plus et d’offrir plus de possibilités à plus de gens.

Je pense que l’OMC peut continuer à jouer ici un rôle important, et ce de manières très diverses – mais je n’en mentionnerai que trois aujourd’hui.

La première est d’offrir une plate‑forme pour influencer le débat sur le commerce.

Les pays africains représentent plus du quart des Membres de l’OMC. Et nous avons sept autres en processus d’accession.

La discussion à l’OMC est actuellement plus ouverte et plus dynamique que depuis longtemps. C’est l’occasion de mettre sur la table les questions et les priorités économiques de l’Afrique.

Deuxièmement, l’OMC peut aider les pays africains à améliorer leur capacité à faire du commerce.

C’est ainsi que, par le biais de l’initiative Aide pour le commerce de l’OMC, les pays africains reçoivent une aide ciblée pour améliorer leurs infrastructures commerciales.

Entre 2006 et 2014, l’Initiative a permis d’allouer quelque 102,3 milliards de dollars aux pays africains. L’impact sur le terrain est réel !

Des études ont montré que 1 dollar investi dans l’Aide pour le commerce génère près de 8 dollars d’exportations pour les pays en développement en général – et 20 dollars d’exportations pour les pays les plus pauvres.

En juillet de cette année, nous tiendrons le sixième Examen global de l’Aide pour le commerce à l’OMC à Genève. Ce sera l’occasion de définir l’orientation future de ces travaux de la manière la plus utile pour vous. Je vous encourage donc tous à prendre part à ces discussions et j’espère vous accueillir à Genève.

Troisièmement, l’OMC peut parvenir à de nouvelles réformes du système commercial qui pourront aider chacun à participer et à mieux profiter des opportunités qui se présentent.

Ces trois dernières années, nous avons convenus d’un certain nombre de nouveaux accords commerciaux qui se sont traduits par des avantages économiques importants.

En 2013, les Membres de l’OMC ont adopté l’Accord sur la facilitation des échanges qui est l’accord commercial mondial le plus important de ces 20 dernières années.

Cet accord vise à rationaliser, simplifier et normaliser les procédures douanières, réduisant ainsi les délais et les coûts liés au mouvement transfrontières des marchandises. Il aidera à améliorer l’efficacité des ports.

Il contribuera à normaliser l’accès à l’information, telle que données, réglementations, documents, d’une façon non discriminatoire et facilement accessible.

Il encouragera la coopération et le partage de renseignements entre les organismes à la frontière, contribuant à la cohérence réglementaire.

Enfin, il aidera les autorités à faciliter et rationaliser le dédouanement et la libération des marchandises.

L’Accord permettra d’alléger les formalités administratives et d’améliorer l’efficacité, de lutter contre la corruption et de promouvoir une bonne gouvernance tout en réduisant considérablement le coût des transactions commerciales.

Les estimations montrent qu’une fois pleinement mis en œuvre, l’Accord pourrait réduire les coûts du commerce de 14,5% en moyenne. Cela entraînerait une augmentation des exportations qui pourraient atteindre 1 000 milliards de dollars par an, les pays les plus pauvres enregistrant les gains les plus importants.

L’Accord a aussi une architecture unique.

Il donne aux pays en développement et aux pays les moins avancés la flexibilité nécessaire pour adapter leurs calendriers de mise en œuvre en fonction de leurs besoins spécifiques et de leur stade de développement.

L’Accord sur la facilitation des échanges prévoit aussi l’assistance technique nécessaire pour aider les pays à le mettre en œuvre.

Un certain nombre de programmes de soutien ont été mis en place à cet égard, faisant intervenir divers Membres donateurs et divers partenaires. Pour faire avancer les travaux et faciliter la liaison entre donateurs et bénéficiaires, nous avons lancé le Mécanisme pour l’Accord sur la facilitation des échanges.

Ce mécanisme vise à faire en sorte que chacun puisse accéder aux ressources et renseignements nécessaires pour mener les réformes requises – et il accomplit déjà un gros travail.

Pour que tous ces avantages se concrétisent, il faut d’abord que l’Accord entre en vigueur. Nous sommes sur le point d’atteindre le nombre nécessaire de ratifications à cet effet. Il ne nous en manque qu’un ou deux – et nous pensons pouvoir les annoncer au cours de la semaine prochaine.

Je souhaiterais remercier tous les Membres qui, comme le Sénégal,  ont déjà ratifié cet accord et nous ont aidés à parvenir là où nous sommes. Si votre pays ne l’a pas encore ratifié, je vous engage instamment à encourager vos autorités à le faire aussi rapidement que possible.

Bien sûr, le Secrétariat de l’OMC et le Mécanisme pour l’AFE sont prêts à vous apporter toute l’aide nécessaire à cet égard.

Cet accord a été le premier d’une série d’avancées majeures pour l’Organisation. D’autres résultats ont été obtenus dans le sillage de l’AFE.

En 2015, les Membres de l’OMC se sont mis d’accord sur la plus grande réforme du commerce mondial des produits agricoles des 20 dernières années. Nous avons décidé d’éliminer les subventions à l’exportation des produits agricoles.

C’était d’ailleurs un élément de l’objectif de développement durable des Nations Unies intitulé “Faim zéro”. Et on l’a atteint seulement trois mois après l’adoption de ces objectifs à New York!

Les Membres sont aussi convenus de diverses mesures pour aider les plus vulnérables à s’intégrer dans le système commercial et à renforcer leurs capacités commerciales.

En outre, un groupe de Membres a décidé d’éliminer les droits de douane sur un éventail de produits des technologies de l’information de nouvelle génération. Le commerce de ces produits représente environ 1 300 milliards de dollars par an. C’est plus que le commerce mondial des automobiles.

Cette série d’accords est sans précédent pour l’Organisation.

Grâce à cela, les gens commencent à se mobiliser et nous observons un regain d’intérêt pour les travaux de l’Organisation.

Les Membres discutent maintenant de la manière de faire avancer les questions de Doha, y compris l’agriculture, les services et les subventions à la pêche.

Par ailleurs, certains Membres discutent de diverses autres questions, par exemple:

  • comment aider les petites entreprises à faire du commerce;
  • quelles mesures prendre pour encourager et faciliter l’investissement; et
  • comment mettre le pouvoir du commerce électronique au service de l’inclusion pour favoriser les petits fournisseurs. Les Membres discutent aussi la manière d’améliorer les infrastructures et la connectivité dans les pays en développement.

Ces discussions n’en sont qu’à leur début et c’est aux Membres qu’il incombe de les poursuivre ou non.

Notre prochaine réunion ministérielle se tiendra à Buenos Aires à la fin de l’année et elle pourrait être l’occasion de progresser.

Il y a une ferme volonté de maintenir le développement au centre de nos efforts et de poursuivre sur la lancée de nos réalisations.

Je dirai donc en conclusion que l’année à venir s’annonce passionnante pour l’Organisation.

Nous avons la chance de pouvoir prendre d’autres mesures pour favoriser la compétitivité de l’Afrique et son intégration dans le système mondial.

Je me réjouis de travailler avec vous pour obtenir des résultats concrets à cet égard et dans bien d’autres domaines.

Je vous remercie et vous souhaite tout succès pour le Forum.

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