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Malgré les
répercussions de la crise économique asiatique, Singapour a continué d'appliquer une
politique libérale en matière de commerce et d'investissement et d'intensifier les
réformes intérieures, en particulier dans les secteurs de services les plus importants.
Selon un nouveau rapport du Secrétariat de l'OMC sur la politique commerciale de
Singapour, le pays a réussi à surmonter la crise économique qui a récemment touché la
région en grande partie grâce à sa politique macro-économique stable et rationnelle
ainsi qu'à son régime de commerce et d'investissement ouvert.
Le
rapport précise que Singapour, où le revenu par habitant est l'un des plus élevés au
monde, doit largement sa réussite à un degré élevé d'ouverture. À Singapour, le
commerce international représente 300 pour cent du PIB et l'investissement étranger
direct contribue actuellement pour 70 pour cent environ à l'investissement total
dans le secteur manufacturier.
Le
nouveau rapport du Secrétariat de l'OMC ainsi qu'une déclaration du gouvernement
singapourien serviront de base au troisième examen de la politique commerciale de
Singapour auquel procédera l'Organe d'examen des politiques commerciales de l'OMC les 29
et 31 mars 2000.
D'après
ce rapport, Singapour devrait toutefois faire face, à plus long terme, à la concurrence
des producteurs à bas prix de revient de la région. Ces dernières années, les coûts
salariaux unitaires relatifs ont augmenté à Singapour, ce qui a affecté la
compétitivité des exportations à faible valeur ajoutée. Pour faire face à ce
problème, le gouvernement a mis en place des programmes visant à orienter les
investissements vers des activités à forte valeur ajoutée.
Le
fait que les mesures à la frontière, hormis quelques exceptions, se limitent à celles
qui concernent la santé et la sécurité témoigne, selon le rapport, de l'ouverture du
pays au commerce international. Sauf pour les lignes tarifaires dont relèvent notamment
les produits alcooliques, le droit effectivement appliqué est nul; des droits d'accise
sont toutefois perçus sur un certain nombre de marchandises - comme les
véhicules automobiles, les produits alcooliques, les essences et huiles pour
moteurs - qui ne sont bien souvent pas produites dans le pays.
Le
rapport indique que Singapour n'a pas relevé les droits de douane au lendemain de la
crise économique en Asie, bien qu'elle en ait largement la possibilité dans le cadre des
consolidations existantes. Au contraire, en 1998, le gouvernement a supprimé les droits
de douane sur le carburant pour moteurs diesel rapides. Le taux de droit consolidé moyen
s'élevait à 9,7 pour cent en 1999 et devrait être ramené à 6,9 pour cent en
2005. Le rapport note toutefois que, comme le taux de droit effectivement appliqué est
nul pour la plupart des produits, la décision de maintenir les taux consolidés à un
niveau plus élevé et de ne consolider que 70,5 pour cent des lignes tarifaires rend
le régime tarifaire assez incertain.
Entre
1995 et 1998, Singapour a réduit le pourcentage des lignes tarifaires soumises à des
prohibitions à l'importation (de 0,7 à 0,5 pour cent) et à des licences d'importation
automatiques et non automatiques (de 19,7 à 19,2 pour cent). D'une manière
générale, Singapour applique des restrictions à l'importation et à l'exportation pour
des raisons liées à l'environnement, à la santé ou à la sécurité. Les importations
de riz sont cependant soumises à licence pour garantir l'innocuité des produits
alimentaires et une prohibition à l'importation s'applique aux véhicules automobiles de
trois ans ou plus pour des raisons de sécurité et de protection de l'environnement.
D'après
le rapport, les investissements étrangers sont autorisés à Singapour dans la plupart
des secteurs économiques, des restrictions étant appliquées dans quelques secteurs de
services seulement. De plus, plusieurs de ces restrictions sont progressivement assouplies
ou supprimées. Par exemple, dans le secteur des services financiers, la limitation à
40 pour cent de l'investissement étranger dans toute banque enregistrée dans le
pays a été abrogée et la limite imposée à la participation étrangère dans les
entreprises cotées à la Bourse de Singapour est passé de 49 à 70 pour cent.
S'agissant du secteur des télécommunications, le gouvernement a annoncé qu'il avait
décidé de supprimer toutes les restrictions à l'investissement étranger et d'instituer
une concurrence complète en avril 2000 au lieu de maintenir un duopole jusqu'en avril
2002 comme prévu initialement.
Membre
actif de l'OMC, Singapour uvre également pour la libéralisation du commerce et de
l'investissement à l'échelon régional. Elle est membre fondateur de l'Association des
nations de l'Asie du Sud-Est (ANASE) et membre du Forum pour la coopération économique
Asie-Pacifique (APEC). Singapour est censée accorder des préférences tarifaires à ses
partenaires membres de l'ANASE mais, dans la pratique, comme la plupart des droits de
douane qu'elle applique sont nuls, ce traitement préférentiel n'existe pas. Dans le
cadre de l'APEC, Singapour prévoit de respecter le délai fixé pour les pays
développés Membres pour libéraliser les échanges et les investissements d'ici à 2010.
Elle a également pris part au processus de libéralisation volontaire et rapide par
secteur (EVSL) et au processus de libéralisation accélérée des droits de douane, qui
visent 15 et neuf secteurs, respectivement.
Le
rapport du Secrétariat souligne que, tout en appliquant un régime libéral de commerce
et d'investissement, le gouvernement s'est efforcé de soutenir le développement
économique du pays en prenant des mesures destinées à encourager certaines activités.
La politique gouvernementale est principalement mise en uvre par des organismes
officiels qui réglementent et soutiennent les activités économiques dont le fort
potentiel de croissance est jugé particulièrement prometteur. Les pouvoirs publics
octroient ainsi un certain nombre d'incitations fiscales pour encourager les
investissements dans les secteurs souhaités et quelques subventions aux petites et
moyennes entreprises. En outre, le gouvernement continue d'intervenir indirectement dans
l'économie par le
biais des sociétés liées à l'État. Ces sociétés ont été créées dans les années
60 lorsque le gouvernement investissait directement dans les secteurs-clés de
l'économie. Bien que ces entreprises - dont certaines sont parmi les plus grandes de
Singapour - soient aujourd'hui gérées par une société holding et semblent être
largement indépendantes, des préoccupations ont été exprimées concernant les
avantages dont elles bénéficieraient pour ce qui est du financement et de la concurrence
avec les entreprises locales de moindre envergure.
Selon
le rapport, Singapour, qui a pour objectif de maintenir la part du secteur manufacturier
à environ 25 pour cent du PIB (22 pour cent en 1998), a activement encouragé
le développement d'activités manufacturières à forte valeur ajoutée. Cette politique
a été très fructueuse, l'électronique représentant une part dominante aussi bien de
la production manufacturière que des exportations de marchandises. Comme l'avantage
commercial de Singapour semble résider de plus en plus dans les produits électroniques
et les services à plus forte valeur ajoutée, des programmes de développement à long
terme ont été mis en place pour encourager les investissements dans ces secteurs
d'activité.
Après
avoir ouvert le secteur manufacturier à la concurrence, Singapour a poursuivi le
processus de réforme dans le secteur des services, notamment les services financiers, les
transports et les services publics. À l'heure actuelle, les services représentent
64 pour cent environ du PIB et occupent quelque 70 pour cent de la population
active. C'est dans le domaine des services financiers et des services de
télécommunication que la libéralisation est la plus avancée.
S'agissant
des engagements contractés dans le cadre de l'OMC, le rapport note que Singapour a
modifié sa législation eu égard à l'Accord sur les ADPIC et à l'Accord sur
l'évaluation en douane avant l'expiration de la période de transition accordée aux pays
en développement. Dans le domaine des services, Singapour a signé l'Accord sur les
services de télécommunication ainsi que l'Accord sur les services financiers, et dans la
pratique, elle est allée bien au-delà des engagements qu'elle avait pris au titre de
l'AGCS. Dans le cadre de l'Accord sur les services de télécommunication, Singapour s'est
engagée à accorder des licences à un ou deux opérateurs additionnels pour les services
publics à commutation et les circuits loués à partir du 1er avril 2000.
Cet engagement remplace l'offre précédente qui accordait l'exclusivité à Singapore
Telecommunications jusqu'en 2007. Au titre de l'Accord sur les services financiers, les
engagements de Singapour comprennent une offre visant à relever le plafond des prêts
consentis par les banques offshore aux résidents singapouriens de 100 millions de
dollars de Singapour par banque à 200 millions, et à autoriser une participation
étrangère totale de 49 pour cent au capital des compagnies d'assurances locales. Vu
l'importance des services dans la croissance économique, Singapour pourrait, selon le
rapport, accroître la prévisibilité de son régime de commerce et d'investissement en
étendant les engagements qu'elle a pris au titre de l'AGCS aux cinq secteurs de services
qui ne sont pas encore inclus dans sa liste.
Notes à l'intention des
journalistes
Les examens des politiques
commerciales sont un exercice, prescrit dans les Accords de l'OMC, au cours duquel les
politiques commerciales et les politiques connexes des pays Membres sont examinées et
évaluées périodiquement. Les faits nouveaux importants qui peuvent avoir une incidence
sur le système commercial mondial font aussi l'objet d'un suivi. Pour chaque examen, deux
documents sont établis: une déclaration de politique générale présentée par le
gouvernement du Membre soumis à examen et un rapport détaillé rédigé de manière
indépendante par le Secrétariat de l'OMC. Ces deux documents sont ensuite examinés par
l'ensemble des Membres de l'OMC dans le cadre de l'Organe d'examen des politiques
commerciales (OEPC). Ces documents et les comptes rendus des réunions de l'OEPC sont
publiés peu de temps après. Depuis 1995, c'est-à-dire depuis l'entrée en vigueur
de l'Accord sur l'OMC, les services et les aspects des droits de propriété
intellectuelle qui touchent au commerce sont également traités.
S'agissant
du présent examen, le rapport du Secrétariat de l'OMC et la déclaration de politique
générale élaborée par Singapour seront examinés par l'Organe d'examen des politiques
commerciales les 29 et 31 mars 2000. Le rapport du Secrétariat concerne l'évolution
de tous les aspects de la politique commerciale de Singapour, y compris les lois et
réglementations intérieures, le cadre institutionnel et la politique commerciale par
mesure et par secteur.
Au
présent communiqué de presse sont joints un résumé des observations contenues dans le
rapport du Secrétariat et certaines parties de la déclaration de politique générale du
gouvernement. Le rapport du Secrétariat et la déclaration de politique générale du
gouvernement sont à la disposition des journalistes à la salle de presse du site
Internet de l'OMC (www.wto.org). Ces deux documents, le compte rendu des débats de l'OEPC
et les remarques finales formulées par le Président seront regroupés en temps opportun
dans une publication brochée qui pourra être obtenue auprès du Secrétariat de l'OMC,
Centre William Rappard, 154 rue de Lausanne, 1211 Genève 21.
Depuis
décembre 1989, il a été procédé à l'examen de la politique commerciale des pays ou
groupes de pays suivants: Afrique du Sud (1993 et 1998),
Argentine (1992 et 1999), Australie (1989, 1994 et 1998), Autriche (1992), Bangladesh
(1992), Bénin (1997), Bolivie (1993 et 1999), Botswana (1998), Brésil (1992 et 1996),
Burkina Faso (1998), Cameroun (1995), Canada (1990, 1992, 1994, 1996 et 1998), Chili
(1991 et 1997), Chypre (1997), Colombie (1990 et 1996), Communautés européennes (1991,
1993, 1995 et 1997), Corée, Rép. de (1992 et 1996), Costa Rica (1995),
Côte d'Ivoire (1995), Égypte (1992 et 1999), El Salvador (1996), États-Unis (1989,
1992, 1994, 1996 et 1999), Fidji (1997), Finlande (1992), Ghana (1992), Guinée (1999),
Hong Kong (1990, 1994 et 1998), Hongrie (1991 et 1998), Îles Salomon (1998), Inde (1993
et 1998), Indonésie (1991, 1994 et 1998), Islande (1994 et 2000), Israël (1994 et 1999),
Jamaïque (1998), Japon (1990, 1992, 1995 et 1998), Kenya (1993 et 2000), Lesotho (1998),
Macao (1994), Malaisie (1993 et 1997), Mali (1998), Maroc (1989 et 1996), Maurice (1995),
Mexique (1993 et 1997), Namibie (1998), Nicaragua (1999), Nigéria (1991 et 1998),
Norvège (1991 et 1996), Nouvelle-Zélande (1990 et 1996), Ouganda (1995), Pakistan
(1995), Papouasie-Nouvelle-Guinée (1999), Paraguay (1997), Pérou (1994), Philippines
(1993), Pologne (1993), République dominicaine (1996), République slovaque (1995),
République tchèque (1996), Roumanie (1992 et 1999), Sénégal (1994), Singapour (1992 et
1996), Sri Lanka (1995), Suède (1990 et 1994), Suisse (1991 et 1996), Swaziland (1998),
Tanzanie (2000), Thaïlande (1991, 1995 et 1999), Togo (1999), Trinité-et-Tobago (1998),
Tunisie (1994), Turquie (1994 et 1998), Uruguay (1992 et 1998), Venezuela (1996),
Zambie (1996) et Zimbabwe (1994).
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ORGANE
D'EXAMEN DES POLITIQUES COMMERCIALES
SINGAPOUR
Rapport du Secrétariat - Observations récapitulatives
Introduction
Depuis le dernier examen de la
politique commerciale, en 1996, Singapour a continué à appliquer une politique libérale
en matière de commerce et d'investissement, tout en intensifiant les réformes
intérieures, en particulier dans les secteurs de services les plus importants. Il
subsiste relativement peu d'obstacles au commerce et, de fait, nonobstant les
conséquences de la crise économique en Asie, le pourcentage de lignes tarifaires
assujetties à des prohibitions à l'importation et au régime de licences a diminué. Les
investissements étrangers sont autorisés dans la plupart des secteurs économiques, des
restrictions étant appliquées dans quelques secteurs de services seulement. Depuis le
dernier examen, la réforme a été poursuivie dans plusieurs secteurs de services,
notamment les services financiers, les transports et les services publics, et les
restrictions appliquées aux investissements étrangers ont été levées dans de nombreux
cas. Singapour applique encore quelques autres mesures à la frontière. Elle s'est aussi
efforcée d'harmoniser davantage ses normes avec les normes internationales, lorsque des
normes appropriées existent, et les mesures sanitaires et phytosanitaires, par exemple,
visent aussi bien les produits importés que les produits de fabrication locale.
Tout
en appliquant un régime libéral de commerce et d'investissement, le gouvernement s'est
efforcé de soutenir le développement économique du pays en mettant en uvre des
mesures visant à encourager certaines activités. Par le passé, ces mesures
entraînaient une intervention directe des pouvoirs publics dans les secteurs-clés par le
biais de sociétés liées à l'État, actuellement gérées par une société holding
(Temasek). Par ailleurs, le gouvernement a créé des organismes officiels chargés de
mettre en uvre sa politique, dont la tâche principale consiste actuellement à
réglementer et à promouvoir les activités économiques réputées présenter un fort
potentiel de croissance, et à fournir une assistance technique et une aide en matière de
commercialisation. Pour encourager les investissements dans les secteurs souhaités, un
certain nombre d'incitations fiscales ont été instituées. Très récemment, en raison
de l'accroissement des coûts salariaux unitaires par rapport aux autres pays de la
région, l'avantage commercial de Singapour semble évoluer vers les produits
manufacturés et les services à plus forte valeur ajoutée. Les pouvoirs publics ont agi
dans ce sens en établissant des programmes de développement à long terme, notamment des
incitations fiscales, pour encourager les investissements dans les activités à valeur
ajoutée plus élevée.
Environnement économique
Pendant la période
considérée, Singapour a connu une forte croissance économique jusqu'au milieu de 1997,
au moment où les effets de la crise économique en Asie ont commencé à se faire sentir.
Entre 1995 et 1997, la croissance du PIB réel a été en moyenne supérieure à
8 pour cent par an. Elle est cependant tombée à 0,3 pour cent en 1998,
essentiellement en raison d'un fléchissement de la demande dans la région et de la
demande des principaux produits exportés par Singapour à l'extérieur de la région. Le
ralentissement de l'activité économique a renforcé le chômage, qui est passé de
1,8 pour cent en 1997 à 3,2 pour cent en 1998.
La
croissance économique repose sur un environnement macro-économique stable. Grâce à une
politique budgétaire et monétaire traditionnellement prudente, le gouvernement a pu
réagir rapidement à la crise économique qui a frappé la région en 1997, prévoyant
dans les budgets de 1998 et 1999 des réductions fiscales temporaires en faveur des
entreprises pour les aider à surmonter la crise. Par conséquent, le budget, qui était
auparavant excédentaire, devrait accuser un déficit de 3,5 pour cent du PIB en
1999-2000. En outre, la politique monétaire a été assouplie pour élargir la marge de
fluctuation du taux de change allégeant ainsi la pression exercée sur la monnaie. En
conséquence, le dollar de Singapour s'est déprécié par rapport aux principales
monnaies étrangères, bien que les dévaluations plus substantielles des autres monnaies
de la région aient affaibli la compétitivité, sur les marchés extérieurs, des
exportations à faible valeur ajoutée du pays.
L'économie
semble se redresser rapidement grâce notamment aux mesures budgétaires adoptées, à
l'amélioration de la demande de produits électroniques sur les principaux marchés
extérieurs et à certains signes de reprise économique dans la région asiatique. Selon
les prévisions actuelles, la croissance globale du PIB réel devrait être de 5 pour
cent environ en 1999, ce qui est considérablement plus élevé que le chiffre de
0,3 pour cent enregistré l'année précédente.
La
crise économique en Asie et les dévaluations monétaires qui en ont découlé dans les
pays voisins ont cependant attiré l'attention sur des questions préoccupantes, à savoir
la compétitivité à l'exportation de certains secteurs, en particulier celui des
produits manufacturés à faible valeur ajoutée, dans lequel commencent à s'implanter
les producteurs de la région, qui bénéficient de prix de revient plus bas. Les coûts
salariaux unitaires relatifs de Singapour, notamment par rapport à ceux des autres pays
de la région, ont continué à progresser pendant une grande partie de la période
considérée. Les récentes mesures budgétaires temporaires ont contribué à réduire
les coûts, mais le gouvernement a également adopté des mesures à plus long terme,
notamment des programmes tels qu'Industrie 21, Technologie de l'information 21 et
Main-d'uvre 21, pour élever la valeur ajoutée dans le secteur manufacturier et le
secteur des services.
Cadre des politiques en
matière de commerce et d'investissement
Singapour doit largement sa
réussite économique à un degré élevé d'ouverture. Le commerce international
représente 300 pour cent du PIB, tandis que l'investissement étranger direct
contribue actuellement pour 70 pour cent environ à l'investissement total dans le
secteur manufacturier. Les politiques commerciales et relatives au commerce sont du
ressort du Ministère du commerce et de l'industrie, qui agit en coordination avec les
autres ministères et organismes officiels, et sont mises en uvre par l'Office de
développement du commerce. Les politiques sont généralement élaborées après
consultation des milieux économiques du pays et d'autres parties intéressées. En outre,
des comités nationaux sont de temps à autre créés pour traiter de questions
spécifiques, un comité ayant été récemment établi pour s'occuper des questions de
compétitivité. Les participants à ces comités proviennent de groupes représentant un
large éventail d'intérêts, qui sont aussi invités à donner leur avis.
Singapour
est un fervent partisan du système commercial multilatéral et participe activement aux
activités de l'OMC comme elle l'a fait pour son prédécesseur, le GATT. En règle
générale, Singapour applique à tous ses partenaires commerciaux le traitement de la
nation la plus favorisée (NPF); pour certains aspects des droits de propriété
intellectuelle, le traitement accordé aux pays non membres de l'OMC est moins avantageux
que le traitement NPF. Compte tenu des obligations qu'elle a contractées dans le cadre
du Cycle d'Uruguay, Singapour a modifié sa législation, notamment dans les domaines
des droits de propriété intellectuelle et de l'évaluation en douane, avant l'expiration
de la période de transition accordée aux pays en développement Membres de l'OMC. Depuis
le dernier examen, Singapour a notifié à l'OMC les modifications qu'elle avait
apportées à sa législation sur les mesures correctives commerciales en vertu de la Loi
sur les droits compensateurs et les droits antidumping. En septembre 1997, Singapour est
devenue signataire de l'Accord de l'OMC sur les marchés publics.
Le
régime applicable à l'investissement étranger est libéral, sauf pour certains secteurs
de services et le secteur de l'immobilier, où l'investissement étranger est limité.
Toutefois, plusieurs des restrictions en question sont progressivement assouplies ou
supprimées. Des exemples récents en sont le secteur des services financiers, où la
limitation à 40 pour cent de l'investissement étranger dans toute banque
enregistrée dans le pays a été abrogée et où la limite imposée à la participation
étrangère dans les entreprises cotées à la Bourse de Singapour est passée de 49 à
70 pour cent; la limite cumulée de 73,99 pour cent précédemment imposée à
l'investissement étranger dans le secteur des télécommunications a été supprimée en
janvier 2000.
Mesures commerciales et
relatives au commerce
L'ouverture de Singapour au
commerce international se traduit par le fait que les mesures à la frontière, hormis
quelques exceptions, se limitent à celles qui concernent la santé et la sécurité. Sauf
pour quatre lignes tarifaires au niveau des positions à neuf chiffres du SH, dont
relèvent notamment les produits alcooliques et qui sont soumises à des taux de droit
spécifiques, le droit appliqué est nul. Des droits d'accise sont perçus sur un certain
nombre de produits, notamment les véhicules automobiles les produits alcooliques et les
essences et huiles pour moteur, dont un grand pourcentage n'est pas produit dans le pays.
Considérés ensemble, les droits de douane et les droits d'accise ont représenté
7,4 pour cent des recettes fiscales totales en 1999, soit une baisse par rapport au
taux de 8,1 pour cent enregistré en 1995. Singapour n'a pas relevé les droits de
douane au lendemain de la crise économique en Asie, bien qu'elle en ait largement la
possibilité dans le cadre des consolidations existantes; au contraire, en 1998, le
gouvernement a supprimé les droits de douane sur le carburant pour moteurs diesel
rapides. Des concessions tarifaires sont prévues au titre du Tarif préférentiel
effectif commun (CEPT) de l'ANASE, mais vu que le taux de droit NPF appliqué par
Singapour est quasiment nul, aucune concession tarifaire n'est accordée dans la pratique
aux produits de l'ANASE relevant du CEPT.
À
l'issue du Cycle d'Uruguay, Singapour a consolidé 70,5 pour cent de son tarif
douanier, soit un niveau inférieur à la moyenne des pays en développement. Le taux de
droit consolidé moyen s'élevait à 9,7 pour cent en 1999 et devrait baisser à
6,9 pour cent en 2005. Les consolidations par chapitre du SH varient entre
100 pour cent pour les produits agricoles et 10 pour cent ou moins pour le
matériel de transport et les produits minéraux. Le taux de droit actuellement appliqué
étant nul pour la plupart des produits, la décision de maintenir les taux consolidés à
un niveau plus élevé et de ne consolider que 70 pour cent des lignes tarifaires
rend le régime tarifaire assez incertain, mais cette décision a peut-être été prise
en prévision des futures négociations à l'OMC.
Entre
1995 et 1998, Singapour a réduit le pourcentage des lignes tarifaires soumises à des
prohibitions à l'importation (de 0,7 à 0,5 pour cent) et à des licences
d'importation automatiques et non automatiques (de 19,7 à 19,2 pour cent). D'une
manière générale, Singapour applique le régime de licences d'importation et
d'exportation pour des raisons liées à l'environnement, à la santé ou à la
sécurité; les importations de riz sont cependant soumises à licences pour garantir
l'innocuité des produits alimentaires. Par ailleurs, les importations de véhicules
automobiles de trois ans ou plus sont prohibées pour des raisons de protection de
l'environnement. Toutefois, compte tenu des normes relativement draconiennes appliquées
par Singapour aux voitures anciennes en matière d'environnement et de contrôle
technique, on ne voit pas très bien la nécessité d'une interdiction pure et simple des
voitures de trois ans ou plus. Pour remédier aux problèmes d'encombrement de la
circulation, les pouvoirs publics soumettent les véhicules automobiles de moins de
trois ans à un contingent à l'importation, qui est relevé d'environ 3 pour
cent par an, ainsi qu'à des taxes intérieures élevées.
Autres mesures agissant sur le
commerce
Conjointement à sa politique
générale qui a pour objet de réduire et de supprimer unilatéralement les mesures à la
frontière, le gouvernement donne certaines orientations dans le domaine économique.
Certes, le développement économique de Singapour est largement imputable au secteur
privé, mais le gouvernement a néanmoins joué, et continue de jouer, un rôle important
en donnant des orientations stratégiques aux entreprises privées. La politique
gouvernementale est principalement mise en uvre par des organismes officiels qui
réglementent et soutiennent les activités économiques dont le fort potentiel de
croissance est jugé particulièrement prometteur. L'aide de l'État se traduit en
général par l'octroi d'incitations fiscales aux investisseurs et par le subventionnement
des petites et moyennes entreprises locales. Par ailleurs, au cours des années 60,
les pouvoirs publics ont investi directement dans les secteurs considérés comme
présentant un intérêt stratégique pour le développement économique et dans lesquels
les investissements privés se révèleraient insuffisants, en prenant une participation
directe dans les entreprises opérant dans ces secteurs. La gestion de ces sociétés
liées à l'État a été confiée en 1970 à une société holding d'État, Temasek
Holdings.
Singapour
n'a pas de législation générale en ce qui concerne la politique de la concurrence. Dans
le secteur des services, qui a été ouvert à la concurrence plus récemment que le
secteur des marchandises, Singapour a opté pour une politique sectorielle en matière de
concurrence et a créé dans chaque secteur des organismes de réglementation et des
règles destinés à instituer la concurrence entre les fournisseurs de services en place,
souvent des monopoles publics, et les nouvelles entreprises concurrentes.
Dans
le secteur des marchandises, une politique libérale axée sur le marché a suffi pour
assurer la concurrence, bien qu'il y ait eu récemment un certain débat sur
l'intervention de l'État dans l'économie par le biais de Temasek et des sociétés
liées à l'État. Ces entreprises, dont certaines sont les plus grandes de Singapour et
représentent environ 25 pour cent de la capitalisation boursière de la Bourse de
Singapour, semblent être largement indépendantes et faire directement concurrence aux
entreprises privées. Cela dit, Temasek joue effectivement un rôle dans le choix du
personnel de direction, notamment le Directeur général et le Président. Des
préoccupations ont également été exprimées concernant les avantages dont
bénéficieraient peut-être ces entreprises pour ce qui est du financement et de la
concurrence avec les entreprises locales de moindre envergure, par le biais du groupe
Temasek. Celui-ci s'est efforcé de répondre à ces préoccupations en modifiant
récemment sa politique de désignation du Président et du Directeur général des
sociétés liées à l'État, afin d'améliorer la direction des entreprises. Le
gouvernement a aussi indiqué au Parlement qu'il pourrait être disposé à vendre à un
actionnaire ou à un groupe d'actionnaires les parts qu'il détient dans des sociétés
liées à l'État "non stratégiques" pour faire en sorte que celles-ci
"restent entre de bonnes mains". Une politique visant à améliorer la direction
des entreprises est également poursuivie dans le secteur des services financiers, un
renforcement des prescriptions relatives au secret bancaire étant un facteur essentiel
des récentes réformes du secteur bancaire.
Politiques sectorielles
En 1998, le secteur
manufacturier a contribué pour 22 pour cent au PIB. Singapour vise à maintenir la
part du secteur manufacturier à environ 25 pour cent du PIB et a activement
encouragé le développement d'activités manufacturières à forte valeur ajoutée. Cette
politique a été très fructueuse, l'électronique représentant une part dominante aussi
bien de la production manufacturière que des exportations de marchandises. Malgré un
recul cyclique de la demande étrangère en 1998, les produits électroniques ont
représenté 43 pour cent de la valeur ajoutée produite par le secteur
manufacturier; les machines et appareils de bureau, y compris les produits électroniques
et le matériel de télécommunication, ont contribué pour près de 62 pour cent aux
exportations de marchandises.
Dans
le domaine des services, comme dans le secteur manufacturier, l'État a encouragé les
investissements dans les secteurs à forte valeur ajoutée. À l'heure actuelle, les
services représentent 64 pour cent environ du PIB et occupent quelque 70 pour
cent de la population active. L'importance des services dans l'économie et la nécessité
d'encourager le développement d'activités à valeur ajoutée plus élevée ont fait
ressortir le fait qu'il fallait accélérer la libéralisation du secteur. Cependant, la
réforme du secteur des services a été volontairement progressive pour ne pas entraîner
de bouleversements inutiles et pour assurer une transition harmonieuse vers l'ouverture
totale à la concurrence. C'est dans le domaine des services financiers et des services de
télécommunication que la libéralisation est la plus avancée. Dans les autres secteurs,
notamment l'énergie et l'eau, qui sont d'importants intrants pour les activités
manufacturières et les services, la réforme a lieu de manière plus progressive.
En
général, la réforme du secteur des services a été mise en uvre de manière
unilatérale et sa portée a dépassé ce que Singapour a inscrit dans sa Liste annexée
à l'Accord général sur le commerce des services (AGCS) dans le cadre de l'OMC. Au titre
de l'AGCS, Singapour a contracté des engagements dans sept secteurs sur 12; elle n'a pas
pris d'engagements pour les services de distribution, les services d'éducation, les
services concernant l'environnement, les services de santé et services sociaux et
d'autres services. Par ailleurs, Singapour n'a contracté que des engagements partiels
dans certains secteurs, notamment celui des transports, où les engagements n'ont visé
que le transport maritime. Aucun engagement n'a été pris pour certains services
professionnels, par exemple les services juridiques. Depuis le dernier examen, Singapour a
signé le quatrième Protocole annexé à l'AGCS (Accord sur les services de
télécommunication) et le cinquième Protocole (Accord sur les services financiers). Au
titre du quatrième Protocole, qui concerne les services de télécommunication de base,
Singapour s'est engagée à accorder des licences à un ou deux opérateurs additionnels
pour les services publics à commutation et les circuits loués à partir du 1er avril 2000;
cet engagement remplace l'offre précédente qui accordait l'exclusivité à Singapour
Telecommunications (SingTel) jusqu'en 2007. Au titre de l'Accord sur les services
financiers, les engagements de Singapour comprennent une offre visant à relever le
plafond des prêts consentis par les banques offshore aux résidents singapouriens de
100 millions de dollars de Singapour par banque à 200 millions, et à autoriser
une participation étrangère totale de 49 pour cent au capital des compagnies
d'assurance locales.
Dans
la pratique, Singapour est allée bien au-delà de ses engagements au titre de l'AGCS. Par
exemple, des réformes récentes ont supprimé les restrictions à la participation
étrangère dans le domaine des services bancaires, limitée auparavant à 40 pour
cent, et ont renforcé les prescriptions relatives au secret bancaire pour accroître la
transparence. De même, bien que Singapour ait projeté d'ouvrir à la concurrence les
services de télécommunication de base par le biais d'un duopole qui serait maintenu
jusqu'en avril 2002, le gouvernement a annoncé, en janvier 2000, sa décision
de supprimer toutes les restrictions à l'investissement étranger et d'instituer une
concurrence complète en avril 2000 et non en avril 2002, comme prévu
initialement.
Politiques commerciales et
partenaires commerciaux
Partisan convaincu du système
multilatéral, Singapour est aussi d'avis qu'une libéralisation accélérée des
échanges dans le cadre d'instances régionales favorise plus qu'elle n'entrave les
négociations multilatérales et la libéralisation entreprise de manière multilatérale.
Membre fondateur de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ANASE) et membre du
Forum pour la coopération économique Asie-Pacifique (APEC), Singapour participe
activement aux efforts visant à réduire les obstacles au commerce et autres obstacles
entre les pays membres de ces organisations.
Dans
le cadre de l'ANASE, Singapour offre en principe des préférences tarifaires au titre du
système CEPT; dans la pratique, cependant, la plupart des droits de douane qu'elle
applique étant nuls, ses partenaires membres de l'ANASE ne bénéficient pas de ce
traitement préférentiel. Singapour contribue également à renforcer les liens
commerciaux en participant à des efforts d'harmonisation des procédures douanières et
procédures d'évaluation en douane de l'ANASE. En outre, la coopération entre les pays
membres est assurée en vertu des accords suivants: Accord-cadre de l'ANASE sur les
services (AFAS), qui vise sept secteurs de services; Accord-cadre sur la zone
d'investissement de l'ANASE (AIA), qui étendra le traitement national en matière
d'investissement aux investisseurs des pays de l'ANASE d'ici à 2010, puis à l'ensemble
des investisseurs d'ici à 2020; Accord-cadre de l'ANASE sur les accords de reconnaissance
mutuelle.
Dans
le cadre de l'APEC, Singapour prévoit de respecter le délai fixé pour les pays
développés membres pour libéraliser les échanges et les investissements d'ici à 2010.
Elle a également pris part au processus de libéralisation volontaire et rapide par
secteur (EVSL) et au processus de libéralisation accélérée des droits de douane, qui
visent 15 et neuf secteurs, respectivement.
Outre
les accords régionaux, les contraintes imposées par l'exiguïté du territoire et les
ressources limitées ont amené Singapour à conclure des alliances régionales, notamment
le triangle de croissance englobant l'Indonésie, la Malaisie et Singapour, constitué en
1994, qui permet aux trois pays de tirer parti de la complémentarité de leurs
ressources. Un accord de libre-échange est également en cours de négociation avec la
Nouvelle-Zélande et des études de faisabilité sont actuellement menées en vue de
l'établissement d'accords de libre-échange avec le Mexique et le Japon. Par ailleurs,
Singapour étudie la possibilité de conclure un accord tripartite avec la
Nouvelle-Zélande et le Chili.
Perspectives
Singapour a réussi à
surmonter la crise économique qui a récemment touché la région en grande partie grâce
à sa politique macro-économique stable et rationnelle ainsi qu'à son régime de
commerce et d'investissement ouvert; le gouvernement a réagi rapidement à la crise en
instituant des mesures à court terme destinées à réduire les coûts, ce qui a aussi
aidé les entreprises à s'adapter à l'intensification de la concurrence par les prix due
aux dévaluations monétaires intervenues dans la région. Ces mesures, conjuguées à la
bonne santé foncière de l'économie, ont aidé le pays à sortir de la récession plus
rapidement qu'un grand nombre des pays voisins, la croissance prévue pour 1999 étant de
5 pour cent, chiffre inférieur à celui de 8 pour cent enregistré
en 1997, mais considérablement supérieur au niveau de 0,3 pour cent de 1998.
À
plus long terme cependant, l'un des principaux défis à relever pour Singapour restera la
concurrence des producteurs à bas prix de revient de la région. Ces dernières années,
des préoccupations ont été exprimées concernant l'accroissement des coûts salariaux
unitaires relatifs, qui affecte la compétitivité des exportations à faible valeur
ajoutée. Pour répondre à ces préoccupations, le gouvernement a créé le Comité pour
la compétitivité de Singapour (CSC), qui a présenté ses recommandations en
novembre 1998. Le Comité a constaté que, par rapport à plusieurs pays voisins, les
coûts salariaux unitaires, en particulier dans le secteur manufacturier, avaient
progressé plus rapidement ces dernières années. Il a conclu qu'il était nécessaire
d'améliorer les capacités pour que Singapour maintienne son avance sur les concurrents
en faisant en sorte que les gains de productivité ne soient pas dépassés par
l'accroissement du prix de revient. Pour contrer la baisse de la compétitivité sur les
marchés extérieurs, le gouvernement a mis en place des programmes tels qu'Industrie 21,
Technologie de l'information 21, Main-d'uvre 21, ainsi que des incitations fiscales
visant à orienter les investissements vers les activités à forte valeur ajoutée.
Vu
que le régime de commerce et d'investissement ouvert joue un rôle important dans le
soutien du développement économique, notamment en favorisant la transition vers des
activités à plus forte valeur ajoutée, la stabilité et la prévisibilité de ce
régime pourraient être considérablement renforcées si Singapour améliorait ses
consolidations dans le cadre de l'OMC. En particulier, Singapour pourrait utilement
accroître ses consolidations tarifaires qui visent actuellement 70,5 pour cent des
lignes tarifaires, et harmoniser davantage les taux consolidés avec les taux appliqués;
elle pourrait aussi étendre les engagements pris au titre de l'AGCS aux
cinq secteurs qui ne sont pas encore inclus dans sa Liste.
Rapport du gouvernement Haut
de page
ORGANE
D'EXAMEN DES POLITIQUES COMMERCIALES
SINGAPOUR
Rapport du gouvernement - Partie I
I. Les effets de la crise
régionale sur Singapour
1) Une
crise de confiance
1.
Malgré la bonne tenue des données économiques fondamentales, Singapour n'est pas sortie
indemne de la crise qui a secoué la région en raison de son étroite interdépendance
avec les économies des pays voisins. Entre le 1er juillet 1997 et le 31
décembre 1998, la bourse a enregistré un recul de 28 pour cent tandis que le dollar
de Singapour cédait environ 14 pour cent de sa valeur par rapport au dollar EU.
La croissance du PIB réel s'est très fortement ralentie, passant de 8,9 pour cent
en 1997 à 0,3 pour cent en 1998. Cependant, Singapour a moins souffert que bon
nombre de ses voisins qui ont enregistré une croissance négative pour la première fois
depuis plus d'une décennie.
2.
La reprise de l'activité a été cependant relativement rapide, contrairement aux
prévisions initiales. Après deux trimestres de croissance négative au cours de la
seconde moitié de 1998, l'économie de Singapour a retrouvé le chemin de la croissance.
Le redressement, qui a suivi une courbe en V, a été favorisé par le retournement brutal
de l'industrie électronique mondiale qui a non seulement alimenté l'industrie
manufacturière de Singapour, mais aussi stimulé la reprise dans d'autres pays d'Asie du
Sud-Est. Les mesures de réduction des coûts, mises en uvre au plus profond de la
crise, avaient également permis aux exportateurs singapouriens de profiter de la poussée
de la demande extérieure.
2) Première récession
technique depuis 1985
3.
Les effets de la crise se sont fait pleinement sentir en 1998 lorsqu'une aggravation de la
récession dans la plupart des pays asiatiques faisait plonger la demande externe. La
dépréciation importante des devises régionales a réduit la compétitivité relative
des coûts. La surcapacité mondiale de l'industrie électronique a accentué le déclin
du secteur manufacturier, se traduisant par un ralentissement marqué de la croissance du
PIB réel à mesure que l'année s'écoulait, passée de 4,4 pour cent au premier
trimestre de 1998 à 0,1 pour cent au deuxième trimestre, -2,1 pour cent au
troisième trimestre et -1,1 pour cent au quatrième trimestre. Sur une base
annuelle, le taux de croissance du PIB réel a nettement fléchi, passant de 8,9 pour
cent en 1997 à 0,3 pour cent en 1998. Environ 29 000 emplois ont été
perdus en 1998, soit près du triple du chiffre enregistré en 1997, tandis que le taux de
chômage corrigé des variations saisonnières augmentait à 4,4 pour cent en
décembre 1998, contre 2 pour cent en décembre 1997. Le taux d'inflation et le
taux de croissance de la productivité sont devenus négatifs.
4.
Les indicateurs économiques fondamentaux figurent dans le tableau 1.
Tableau
1 Haut de page
Indicateurs économiques fondamentaux
Indicateur |
1995 |
1996 |
1997 |
1998 |
1999
T1-T3 |
Produit intérieur
brut: |
|
|
|
|
|
Aux prix courants
(millions de dollars de Singapour) |
118 601,9 |
129 022,9 |
142 451,0 |
141 328,0 |
n.d. |
Variation annuelle
(pourcentage) |
11,2 |
8,8 |
10,4 |
-0,8 |
n.d. |
| |
|
|
|
|
|
Aux prix de 1990
(millions de dollars de Singapour) |
102 941,9 |
110 722,7 |
120 587,4 |
120 888,9 |
94 445,9 |
Variation annuelle
(pourcentage) |
8,1 |
7,6 |
8,9 |
0,3 |
4,7* |
| |
|
|
|
|
|
PNB par habitant en
dollars de Singapour |
35 139,3 |
36 931,8 |
39 714,1 |
38 198,4 |
n.d. |
Formation brute de
capital fixe: |
|
|
|
|
|
Aux prix courants
(millions de dollars de Singapour) |
39 973,3 |
49 548,5 |
54 382,1 |
52 260,2 |
n.d. |
Taux de change moyen
dollars EU/dollars de Singapour |
1,4174 |
1,4101 |
1,4848 |
1,6736 |
1,7020 |
Taux d'inflation
(variation de l'IPC, pourcentage) |
1,7 |
1,4 |
2,0 |
-0,3 |
0,1 |
Taux de chômage
(pourcentage) |
2,0 |
2,0 |
1,8 |
3,2 |
3,6 |
Productivité
(variation annuelle, pourcentage) |
3,0 |
1,3 |
2,6 |
-2,5 |
n.d. |
*
L'estimation provisoire pour l'année entière est de 5,6 pour cent selon l'annonce
faite par le Premier Ministre de Singapour, M. Goh Chok Tong, le 31
décembre 1999.
Source: Département de la statistique, Ministère de la main-d'uvre,
Autorité monétaire de Singapour.
i) Résultats
sectoriels
5. La croissance a marqué le pas sensiblement dans tous les secteurs en 1998,
tandis que l'industrie manufacturière, les services financiers, le commerce de gros et de
détail, les secteurs de l'hôtellerie et de la restauration se contractaient. L'industrie
manufacturière a souffert de la surcapacité de l'industrie électronique et de la
faiblesse de la demande régionale de pétrole et de produits pétrochimiques. Le secteur
des services financiers a été touché par la forte compression des crédits à
l'étranger. Le recul du commerce en entrepôt et du nombre de visiteurs a eu des
incidences négatives sur le commerce de gros et de détail, l'hôtellerie et la
restauration, les transports et les télécommunications, tandis qu'une réduction du
nombre de projets en réserve freinait la croissance du secteur du bâtiment et des
travaux publics.
6.
Le tableau 2 présente les indicateurs de performance, par secteur, de 1995 à 1999.
Tableau
2 Haut de page
Taux de croissance annuelle de l'économie, par secteur, aux prix
de 1990
Secteur |
1995 |
1996 |
1997 |
1998 |
1999
T1-T3 |
| TOTAL |
8,1 |
7,6 |
8,9 |
0,3 |
4,7* |
| Production de
marchandises |
9,5 |
7,1 |
7,3 |
0,9 |
5,4 |
| Industrie
manufacturière |
10,0 |
2,9 |
4,5 |
-0,4 |
12,8 |
| Bâtiment et travaux
publics |
8,8 |
22,0 |
15,3 |
4,0 |
-12,7 |
| Équipements publics |
6,2 |
7,3 |
10,8 |
4,9 |
2,6 |
| Autres secteurs
produisant des marchandises |
-3,1 |
3,5 |
0,1 |
-7,2 |
-5,2 |
| |
|
|
|
|
|
| Production de services |
7,6 |
8,1 |
10,2 |
- 0,3 |
3,5 |
| Commerce de gros et de
détail |
9,6 |
6,1 |
6,4 |
- 4,1 |
4,4 |
| Hôtellerie et
restauration |
5,3 |
8,5 |
1,9 |
-3,3 |
1,7 |
| Transports &
communications |
10,6 |
8,5 |
9,2 |
5,3 |
6,6 |
| Services financiers |
3,6 |
7,5 |
23,4 |
-8,8 |
2,8 |
| Services commerciaux |
7,9 |
9,0 |
8,5 |
4,9 |
0,5 |
| Autres secteurs
fournissant des services |
6,2 |
10,4 |
7,0 |
4,2 |
2,8 |
| Logements occupés par
leurs propriétaires |
5,2 |
5,9 |
5,8 |
7,4 |
7,7 |
* L'estimation provisoire pour l'année entière est de 5,6 pour
cent, selon l'annonce faite par le Premier Ministre de Singapour,
M. Goh Chok Tong, le 31 décembre 1999.
Source: Département de la statistique.
1. Commerce des marchandises
1. Le commerce extérieur des marchandises a diminué de 7,5 pour cent en
1998, en raison principalement du recul sensible des échanges avec les pays frappés par
la crise (qui représentent environ 40 pour cent du commerce total), qui ont baissé
de 14,6 pour cent. Heureusement, le commerce avec les autres marchés, aux
États-Unis et en Europe, a gardé sa vigueur, contribuant à atténuer le déclin.
L'activité a fortement fléchi par rapport à la période 1994-1997, pendant laquelle la
croissance du commerce extérieur avoisinait 10,4 pour cent par an. Les résultats du
commerce de Singapour entre 1995 et 1999 sont présentés au tableau 3.
Tableau
3 Haut de page
Résultats du commerce extérieur, 1995-1999
Commerce |
Résultats
du commerce extérieur
(aux prix courants, millions de dollars
de Singapour) |
Variation
annuelle des échanges
(%) |
| |
1995 |
1996 |
1997 |
1998 |
Janv.-nov.
1999 |
1995 |
1996 |
1997 |
1998 |
Janv.-nov.
1999 |
| TOTAL DES ÉCHANGES |
343,8 |
361,5 |
382,2 |
353,6 |
345,5 |
13,2 |
5,1 |
5,7 |
-7,5 |
6,6 |
| Importations |
176,3 |
185,2 |
196,6 |
169,9 |
170,2 |
12,7 |
5,0 |
6,2 |
-13,6 |
9,5 |
| Exportations |
167,5 |
176,3 |
185,6 |
183,8 |
175,3 |
13,7 |
5,2 |
5,3 |
-1,0 |
3,9 |
Produits
indigènes
|
98,5 |
103,6 |
107,5 |
105,9 |
105,0 |
11,2 |
5,2 |
3,8 |
-1,5 |
8,3 |
| Hors pétrole |
84,8 |
87,0 |
91,6 |
92,4 |
91,5 |
13,7 |
2,7 |
5,3 |
0,9 |
8,0 |
| Pétrole |
13,7 |
16,6 |
15,9 |
13,5 |
13,5 |
-1,9 |
20,6 |
-3,9 |
-15,3 |
9,8 |
| Réexportations |
69,0 |
72,7 |
78,1 |
77,8 |
70,3 |
17,4 |
5,3 |
7,4 |
-0,3 |
-2,0 |
Source: Office du commerce extérieur.
b)
Exportations
2.
En 1998, les exportations n'ont connu qu'un faible recul. Les exportations de produits
indigènes hors pétrole, qui ont en réalité légèrement progressé, soit de
0,9 pour cent grâce à la diversification des marchés à l'exportation, sont
destinées pour 40 pour cent aux économies frappées par la crise et pour
40 pour cent aux États-Unis et à l'Europe. La faiblesse de la demande émanant des
pays touchés par la crise a ainsi vu ses effets atténués par la vigueur de la demande
en provenance des pays développés occidentaux.
3.
La demande provenant des pays développés a porté essentiellement sur les produits
autres que l'électronique comme les produits pharmaceutiques. La demande étrangère de
produits électroniques clés, qui représentent 69 pour cent des exportations de
produits indigènes hors pétrole, a été faible du fait de l'excédent d'offre qui
pénalise le marché mondial de l'électronique. Les exportations singapouriennes de
pétrole ont également baissé de façon significative en raison de la chute des prix
dans ce secteur ainsi que de l'atonie de la demande provenant des économies asiatiques,
qui absorbaient environ 80 pour cent de ces exportations. Les réexportations ont
aussi légèrement diminué en 1998, la crise ayant affaibli la capacité des économies
touchées d'importer des produits destinés en particulier à la consommation intérieure.
b)
Importations
4.
En 1998, les importations se sont contractées de 13,6 pour cent en raison de la
faiblesse de l'activité industrielle et de la demande du marché intérieur
(d'importations non réexportées) ainsi que de la demande régionale (de
réexportations). La baisse a touché principalement les importations de pétrole, cartes
de circuits imprimés assemblés, lecteurs de disques, éléments de semi-conducteurs,
supports d'enregistrement audiovisuels, pièces détachées de téléviseurs couleur,
appareils de radio et caméscopes, cigarettes et pièces détachées d'aéronefs.
c)
Balance commerciale
5.
Contrairement aux années précédentes où un déficit commercial avait été
enregistré, la balance commerciale a dégagé un excédent de 13,9 milliards de dollars
de Singapour en 1998. Cette même année les industriels ont dégonflé leurs stocks
compte tenu de l'incertitude de la conjoncture économique.
2. Commerce des services
6. Le commerce global des services à Singapour a fléchi de près de
18 pour cent en 1998, alors qu'il avait progressé de 5,8 pour cent en 1997. La
crise s'est traduite par une chute de 32 pour cent des exportations de services,
contre une augmentation de 7,2 pour cent en 1997. Le recul s'explique par plusieurs
facteurs. Premièrement, une baisse des recettes des services de voyage due à la
diminution du nombre de visiteurs entrants. Deuxièmement, une diminution des recettes
générées par les services portuaires et de fret résultant du manque de dynamisme des
échanges commerciaux dans la région. Troisièmement, une diminution des recettes des
services financiers du fait de la désaffection des étrangers pour la bourse.
Entre-temps, les importations de services ont continué à progresser mais cela a masqué
un ralentissement de la croissance des paiements au titre des services de voyage dû à la
baisse du nombre de Singapouriens se rendant à l'étranger.
c)
Balance du commerce des services
7.
L'excédent de la balance du commerce des services a atteint 553 millions de dollars
de Singapour seulement en 1998, en grande partie à cause de l'aggravation du déficit des
transports, porté à 2,6 milliards de dollars de Singapour, et de celui des voyages,
passé à 744 millions de dollars.
8.
L'évolution du commerce des services entre 1995 et 1999 est présentée dans le tableau
4.
Tableau
4 Haut de page
Commerce
des services, 1995-1999
Indicateur |
Commerce
des services
(aux prix courants, milliards de dollars
de Singapour) |
Variation
annuelle du commerce des services
(%) |
|
|
1995 |
1996 |
1997 |
1998 |
1999* |
1995 |
1996 |
1997 |
1998 |
1999* |
| Total du commerce des
services |
67,44 |
70,02 |
74,08 |
60,79 |
53,12 |
19,5 |
3,8 |
5,8 |
-17,9 |
20,6 |
| Exportations de
services |
42,26 |
42,24 |
45,28 |
30,67 |
29,21 |
20,1 |
-0,1 |
7,2 |
-32,3 |
33,8 |
| Transports |
7,27 |
7,32 |
7,66 |
7,45 |
5,67 |
17,7 |
0,8 |
4,6 |
-2,7 |
0,9 |
| Voyages |
10,98 |
10,55 |
9,45 |
7,68 |
6,48 |
6,0 |
-3,9 |
-10,5 |
-18,7 |
12,8 |
| Assurances |
0,50 |
0,56 |
0,66 |
0,70 |
0,58 |
-0,3 |
11,4 |
18,1 |
5,7 |
11,8 |
Services
gouvernementaux
|
0,13 |
0,14 |
0,14 |
0,14 |
0,10 |
-17,6 |
4,6 |
0,0 |
1,4 |
0,3 |
| Autres services |
23,39 |
23,67 |
27,37 |
14,70 |
16,38 |
29,9 |
1,2 |
15,6 |
-46,3 |
66,4 |
| |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
| Importations de
services |
25,17 |
27,78 |
28,80 |
30,12 |
23,90 |
18,6 |
10,4 |
3,7 |
4,6 |
7,6 |
| Transports |
8,40 |
9,86 |
8,86 |
10,01 |
7,87 |
14,7 |
5,5 |
5,9 |
6,7 |
6,1 |
| Voyages |
7,12 |
8,07 |
8,35 |
8,43 |
6,38 |
20,5 |
13,3 |
3,5 |
0,9 |
4,0 |
| Assurances |
1,38 |
1,42 |
1,48 |
1,23 |
0,98 |
17,2 |
2,5 |
4,9 |
-17,4 |
5,9 |
Services
gouvernementaux
|
0,17 |
0,14 |
0,17 |
0,19 |
0,14 |
11,6 |
-18,1 |
21,1 |
13,1 |
-3,2 |
| Autres services |
8,10 |
9,30 |
9,41 |
10,27 |
8,54 |
21,6 |
14,7 |
1,3 |
9,0 |
12,4 |
* Statistiques des trois premiers trimestres.
Source: Département de la statistique.
b. Au-delà de la crise
9.
Contrairement à la plupart des prévisions, l'économie singapourienne s'est nettement
redressée en 1999. Des estimations provisoires annoncent une croissance de 5,6 pour
cent, soutenue par plusieurs facteurs extérieurs favorables comme la forte reprise de
l'industrie électronique mondiale, le relèvement progressif des économies dans la
région y compris le Japon, l'essor continu des États-Unis et de l'Union européenne
ainsi que par les mesures de réduction des coûts mises en uvre par les autorités
de Singapour. La croissance s'est manifestement accélérée dans la plupart des
secteurs-clés de l'économie, même si le secteur du bâtiment et des travaux publics
reste morose et même si certains compartiments du secteur manufacturier manquent toujours
de dynamisme.
10.
Singapour est maintenant sortie du tunnel et fermement engagée sur le chemin de la
reprise économique. Les perspectives pour l'année 2000 sont favorables. La forte demande
de produits électroniques devrait se maintenir. La croissance de l'économie mondiale
devrait se poursuivre grâce à l'expansion continue et vigoureuse que connaissent
l'Europe et les États-Unis, même si les risques d'un effondrement brutal des cours de la
bourse aux États-Unis ne sont pas tout à fait dissipés. Les pays de la région
devraient conforter leur redressement. Compte tenu de tous ces facteurs, le PIB
s'établira entre 4,5 pour cent et 6,5 pour cent en 2000, selon les premières
prévisions.
11.
Alors que les perspectives pour l'année 2000 sont encourageantes, le panorama économique
de la région s'est en réalité transformé. Au lendemain de la crise asiatique, nombre
de pays de la région ont entrepris de restructurer leur économie et deviendront des
concurrents encore plus redoutables. Les progrès de la technologie et la dynamique de la
mondialisation se sont également poursuivis au même rythme. Singapour reconnaît la
nécessité de passer à une économie fondée sur le savoir pour rester compétitive sur
le plan mondial. Elle ne peut se contenter de ses activités traditionnelles. |
Tableaux sur cette page: >
Indicateurs
économiques fondamentaux
> Taux de croissance annuelle de
l'économie, par secteur, aux prix de 1990
> Résultats du commerce extérieur, 1995-1999
> Commerce des services, 1995-1999 |